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Festival Yeah : bienvenue dans  la fête de village la plus cool de France

Il y a dix jours de cela, dans un petit coin doré du Lubéron, se tenait la cinquième édition du festival Yeah! – dont la réputation ne cesse de grandir chaque année. Une bulle d’oxygène dans la marée des grands raouts estivaux ? Une sauterie réservée au petit millier de privilégiés ayant obtenu le précieux sésame ? En tous cas, nous en étions, et voici un retour des plus subjectifs, écrit par un festivalyeah parmi tant d’autres – ou pas loin. 

Vendredi 2 juin

Dès leur mise en vente, les places étaient parties en moins de 45 minutes. Complet, donc. Et puis quelques temps après, la billetterie avait réouvert, le système D fait son œuvre, et chacun de s’organiser comme il le pouvait pour avoir la chance d’y être. A Lourmarin, ravissant petit village flanqué en plein cœur de la Provence, assez touristique en pleine saison, et comme transformé l’espace d’un week-end en quelque chose d’autrement plus festif…

Yeah

Venir au Yeah!, ça se prépare : outre son ticket d’entrée, il faut trouver où se loger (campings et chambres d’hôtes affichent vite complet), prévoir un petit budget (manger en ville coûte un bras) et tâcher de gérer en amont son planning (une flopée d’activités est proposée gratuitement en journée pour tous les publics). Nous avons donc opté pour le camping de Cadenet, à dix minutes en caisse des festivités – ce qui nous donnait au moins une bonne raison de rentrer moins bourrés que d’ordinaire. Bref… Sur le coup des 20h, à l’ouverture des portes du Château (monument classé historique bordé de champs d’oliviers) dans lequel se tient en plein air l’essentiel de la programmation, nous arrivons pile-poil pour nous caler directement devant le set de Oh! Tiger Mountain – qui ouvre sur la scène principale.

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OH ! Tiger Mountain (C) Cauboyz

Le Marseillais, présent dès la première édition, parrainé par le label « maison » Sounds Like Yeah, a récemment sorti un album ambitieux dans lequel il s’est ouvert aux sonorités électroniques. Il y en aura, mais comme toujours avec Mathieu (de son prénom), les choses prennent une toute autre dimension sur scène… En formule trio, son nouveau live est pour le moins rock’n’roll, et le charismatique garçon, secoué d’une énergie sincère, ne se privera pas de faire le tour complet de la fosse en opérant une danse des plus tribales. Quelques jours plus tard dans les arènes du Théâtre Sylvain (Marseille), en ouverture de Metronomy, il offrira une prestation encore plus convaincante – comme si la barre était un poil montée d’un cran avec son groupe.

Changement de plateau avec Dj Nassim, qui gagne lui aussi à se faire connaître en mixant avec brio quelques pépites millésimées entre les concerts – ce que feront avec le même enthousiasme ses homologues les soirs suivants. Alors que l’espace commence à se remplir, The Liminanas prennent la suite. Pas de doute : comme annoncé un peu partout, le couple perpignanais (qui tourne avec plusieurs musiciens) est l’un des meilleurs groupes de garage/psyché-rock français. Les deux quadras dégagent une expérience, paradoxale, d’une époque qu’ils n’ont pas vécu en temps et en heure – la fin des 60’s, entre les raretés Nuggets, le Velvet et l’avant-garde pop frenchie. Je ne verrai pas le concert en intégralité, mon estomac me poussant à prendre la tangente pour aller m’enfiler un burger au « Pop-Up Market » attenant… burger servi par une plantureuse blonde moulée dans une combinaison vintage, comme sortie de l’imaginaire des Liminanas. CQFD.

Liminanas (C) Cauboyz

Liminanas (C) Cauboyz

Ciel, qu’il fait soif ! Je boirais bien un verre d’alcool. Pour faciliter les transactions aux bars, l’équipe du Yeah! propose un bracelet électronique (couplé à votre carte bancaire). C’est une idée aussi pratique qu’à double tranchant : chacun offre tour à tour sa tournée (tout est normal), et chacun a tôt fait de claquer son crédit à la fin de la soirée (soudain tout l’est moins). Mais qu’importe ! Vox Low fait enfin son entrée. Je les attendais de pied ferme pour avoir eu l’occasion de voir sur scène le duo parisien, il y a une bonne dizaine d’années, quand il s’était lancé avec son premier groupe – Think Twice. C’était la grande époque de DFA, j’étais à fond dans le truc… mais les gars n’étaient simplement pas au niveau. Les choses ont bien changé depuis avec ce nouveau projet, plus abouti, et totalement ancré dans cette mouvance midtempo « cold » incarnée actuellement par des labels comme Correspondant ou Astrolab. Au format maxi, leurs morceaux sont assez lents : comment allaient-ils parvenir à faire danser leur auditoire ? Réponse : en accélérant un peu le tempo, et avec une vraie section rythmique, ce qui en fait une remarquable machine de guerre cold-wave bien dans son temps. Hypnotique, maîtrisé, insidieux dans ses montées, leur live libère en moi un déhanché propre à mes vieux démons post-punk… La belle surprise de la soirée, puisque !!! (prononcez trois fois ce que vous voulez), pourtant tête d’affiche de la soirée, clôture ensuite la fête en étant un peu en-deçà de ses capacités.

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!!! (C) Cauboyz

Nic Offer, chanteur et bête de scène toujours aussi présente, est appuyé par une nouvelle recrue (choriste) et des musiciens au diapason : ça groove, ça suite leur New-York d’origine… et pourtant, quelque chose manque. Le poids des années ? Une formule qui peine à se renouveler ? Qu’en sais-je : ça fonctionne suffisamment pour que tout le monde danse – l’honneur est sauf… En fin de compte, cette première soirée restera comme la meilleure, la plus cohérente, la plus électrique.

Nous prenons un dernier verre, puis quittons les lieux un peu après les filles pour prendre la petite route sinueuse qui mène à Cadenet. Pilote parmi les pilotes, je négocie un virage un peu douloureusement pour mon passager arrière, dont la tête vient brutalement taper contre la vitre opposée… Frissons dans l’habitacle. Par chance, l’animal, aviné jusqu’au trognon, s’extrait de sa torpeur sans même avoir compris ce qui lui était arrivé… L’alcool a ses vertus. Reste la devise : toujours ramener ses amis à bon port. Chaque soir.

Et L’Olivier d’Or de la journée revient à… sorry, on est arrivés un peu tard.
Et L’Olivier d’Or de la soirée revient à… Vox Low, impeccable de bout en bout.

Samedi 3 juin

Mobile-home, soleil, lac à proximité : on est en week-end, on le prend à la cool. Apéro à Lauris (bled avoisinant), déjeuner dans l’un des restos de la rue principale de Lourmarin (blindée de festivaliers) : on a connu pire pour entamer une journée. Dans l’après-midi, il y a des trucs à faire un peu partout : ateliers démo, bourse aux vinyles et jeux d’arcade à la Fruitière Numérique, guinche inter-générationnelle avec l’équipe de Radiomeuh dans l’école communale, course de « push car » dans un pré…

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Moustic (C) Cauboyz

Nous choisissons d’aller digérer en allant faire une pétanque au boulodome – oui, une pétanque, mais pas avec n’importe qui, puisque Mousticest dans la place. Grimé en formidable travesti sur le retour (« Yves Aitornerf »…), tout sourire, l’emblématique animateur de Groland est aux platines et se plie volontiers à l’exercice du selfie. Voilà qui résume à merveille l’esprit du festival : bonne humeur, proximité, surprises à tous les étages avec un zeste de rosé… et zéro prise de melon. Chacun vit les choses ensemble, chacun à son rythme. En fin de journée, alors que les premiers signes de fatigue se font naturellement sentir, nous nous divisons, qui en mode piscine, qui en mode repos au camping. Parce qu’il faut bien que ça reparte – aux Caves du Château par exemple, où se tiennent chaque jour des concerts gratuits. Nous ne verrons malheureusement rien des excellents Le SuperHomard à ce sujet. Il faut faire des choix, et le ciel commence à se couvrir dangereusement… Enfin de retour au Château, nous ne voyons que la fin du concert de Barbagallo, projet solo du batteur (français) de Tame Impala et Aquaserge. Je me rencarde, les échos sont mitigés mais encore une fois, je n’ai rien vu. Et chacun voit ce qu’il a envie de voir.

Narrow Terrence (C) Cauboyz

Narrow Terrence (C) Cauboyz

En l’occurrence, je vais largement me rattraper avec Narrow Terence, formation locale défendue de longue date par l’équipe de Sounds Like Yeah. Sur disque, j’en gardais un vague souvenir folk-rock (avec de solides influences). Le groupe que je découvre aujourd’hui sur scène est tout autre : un virage nettement plus offensif a été opéré, oscillant entre blues caverneux, math-rock et décharges heavy parfaitement maîtrisées. C’est peu dire que ça joue, et il est temps que ça se sache. Le public salue la performance, d’autant que, précision notable, il avait été chauffé à blanc par un élément tout à fait extérieur : des trombes d’eau s’étaient abattues au début du concert, forçant l’équipe technique à tout bâcher au plus vite, couper le courant, et les festivaliers à s’abriter comme ils le pouvaient… Parapluies pour qui avait prévu, pas beaucoup d’options pour les autres, mais Dj White Russian se chargeait ensuite de nous faire patienter collectivement en mode chantons sous la pluie jusqu’à l’accalmie libératrice… Beau moment : les imprévus génèrent toujours du relief.

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C’est qu’il y a du monde dans la place : beaucoup sont venus pour Katerine, clairement la tête d’affiche la plus « grand public » du festival. Et l’on s’attend toujours à passer un bon moment en sa présence, tant l’homme incarne à sa manière, depuis son salutaire pétage de plombs à mi-carrière, un souffle aussi libertaire que désinvolte. Mais voilà : en cet instant précis, il présente un nouveau spectacle intimiste avec une pianiste pour seule partenaire. Entre deux concerts rock. Un samedi soir, dans un lieu où on fait la fête. Et non pas dans un café-théâtre, où ce show très particulier aurait davantage eu sa place. Attifé en ménestrel (moulé de vert et couronné de plumes), il donne d’emblée le ton avec son fameux « Je suis la Weine d’Angletewwe et je vous chie à la waie». Enchaine ensuite sur Louxor J’adore et autres Des Bisoux, jouant avec l’assistance en semblant improviser (?) pas mal. Pendant les vingt premières minutes, c’est drôle, inattendu. Et puis au bout d’un moment, on ne sait plus sur quel pied danser – et pour cause, il n’y a rien sur quoi danser. Festoyer dans son moyen-âge de fortune. D’où la question : attachant mais imprévisible, Katerine nous a-t-il vwaiment chié à la waie? Il quitte la scène sans un au revoir. On dira que ce n’était pas son soir… BRNS prend ensuite le relais pour stimuler à nouveau les troupes. Le quatuor belge, aux sonorités hybrides très actuelles, maîtrise impeccablement son affaire, et sonne comme une sorte d’alternative européenne aux pitchforkeries du moment. Expérimental mais accessible : deuxième bon moment de la soirée – qui s’achève. Eh oui : les portes du Château ferment à 1h30… C’est tôt, mais on imagine sans peine que le voisinage a son mot à dire. Anyway : demain il faudra être en forme pour le final, un bon dodo s’impose.

Et L’Olivier d’Or de la journée revient à… Moustic, égérie du festival depuis ses débuts.
Et L’Olivier d’Or de la soirée revient à… Narrow Terence, grosse impression.

Dimanche 4 juin

Bonne nouvelle : le soleil est revenu à son zénith… chacun profite du camping. Aujourd’hui, la principale attraction se tient au tennis-club de Lourmarin, et tout le monde a envie d’y être. Arrivés sur place en début d’après-midi, on rate le méchoui géant mais on assiste heureusement au concours de « Air DJ » organisé par Château Brutal et la fine fleur du Yeah! (des loustics dont Moustic ou le trio organisateur formé par Laurent Garnier, Arthur Durigon et Nicolas Galina). C’est évidemment totalement décontracté du gland, il y a foule, des branchés lookés, des gens du village, des enfants qui courent dans tous les sens : une certaine idée du bonheur – chacun est à sa place. Bon, on ne voit pas grand-chose du show, la scène est basse, mais l’humeur ambiante nous suffit amplement et nous nous calons un peu en retrait dans la pelouse – chill-out, repos, retrouvailles.

 (C) Cauboyz

(C) Cauboyz

Vers 16h, Laurent Garnier prend les platines, et bien sûr, tout le monde l’attend. Je m’attendais à un mix plus posé que d’ordinaire : il n’en est rien, son set est essentiellement techno, tous les classiques hédonistes y passent (Jaydee, Lil’Louis, Donna Summer…) et d’autres plus contemporains me font rugir de plaisir (Equinox de Code 718 remixé par Henrik Schwarz – Laurent prend d’ailleurs le micro pour présenter ce morceau « plein d’amour »). A un moment, un inconnu à big moustache (booké tout de même en centre-ville pour passer quelques disques), tout droit sorti d’un porno gay des 70’s, monte sur le toit qui surplombe la petite scène pour ambiancer. La foule salue le geste, téméraire mais un poil risqué : ce garçon mériterait-il d’être connu ? Mystère. La vedette, c’est Garnier, qui aura ravit tout le monde. Retour au camping, douche, retour au Château et à son décorum un peu magique. En parlant de ça, avez-vous vu The Grand Budapest Hotel de Wes Anderson ? Certainement. Dans ce merveilleux film aussi léger que profond, la figure centrale est tenue par un jeune « Lobby Boy ». Qu’est-ce qu’un « Lobby Boy » ? C’est une sorte de groom qui est prêt à se plier en quatre pour anticiper vos moindres désirs. Hier soir, j’ai donc cherché mon Lobby Boy. Il s’est avéré que ce fut une… Lobby Girl, qui a eu la délicatesse de me procurer mon parfum égaré, L’Air de Panache, celui-là même que porte Ralph Fiennes dans le film. Je tiens ici à lui rendre hommage.

Garnier et Moustic (C) Cauboyz

Garnier et Moustic (C) Cauboyz

Nous ne voyons rien du set de l’Américain Why? – fleuron pop de l’écurie Anticon qui ouvre la soirée. Pourquoi ? Parce que. Détours, grignotage, retrouvailles (encore une fois), rencontres (Flavien Berger, venu en simple spectateur). Du fil des événements et des choses, chacun ne voit qu’une seule partie… C’est ainsi. Nous sommes en revanche bien présents pour assister à l’entrée en scène de Jacques, révélation électro française de ces derniers mois. Tout le monde en parle tellement dans la presse que, comme d’habitude, j’ai pris grand soin de m’écarter du brouhaha ambiant. Sauf que voilà, il faut se rendre à l’évidence : ce gentil fou a un bel avenir devant lui.

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Jacques (C) Cauboyz

Entouré de machines, d’objets divers qu’il détourne de leur usage (pelle, boite d’allumettes, raquette de badminton…) et d’une guitare, il élabore sous nos yeux un live assez inédit dans son genre. Et forcément unique, chacune de ses prestations lui autorisant une large part d’improvisation. Jacques donne à voir : il montre ce qu’il fait sans être démonstratif, prend le micro, tourne autour de tout son attirail en créant un lien avec le public. Jacques donne à écouter : une forme de house à la Herbert dont le soufflé ne retombe jamais, expérimentale par définition, mais toujours accessible et dansante. Toute la foule est aux anges. A un moment, « l’inconnu à big moustache » monte sur scène et tente (comme un peu plus tôt pour le concert d’Usé…) de voler un peu de son charme à un Jacques très concentré – devant lui, derrière lui… Sifflets dans la foule : ce cowboy mériterait-il d’être pendu haut et court ? Mystère. Alors que les effluves de mon Air de Panache se diffusent dans mon entourage, nous dansons comme jamais, tant est si bien que Jacques aurait pu clôturer sans que nous en ayons rien à en dire.

Meute feat Garnier (C) Cauboyz

Meute feat Garnier (C) Cauboyz

Cet honneur reviendra à la fanfare hambourgeoise Meute, aujourd’hui réputée un peu partout en Europe pour revisiter des classiques techno avec moult cuivres et percussions. Que l’on connaisse ou pas les morceaux, c’est évidemment ultra-festif, et l’on aura notamment droit à leur fameuse reprise du classique Rej signé Âme… avant que Laurent Garnier ne les rejoigne, cerise sur le gâteau, sur son emblématique The Man With The Red Face – en tapant sur une boite de burger. Un autre geste qui résume bien « l’esprit Yeah! » : Laurent est quelqu’un, Laurent est personne, Laurent participe à la fête – comme tout le monde. Avec ses compagnons de route Arthur et Nicolas, il prendra d’ailleurs soin de saluer tout un chacun à la sortie, comme en famille, pour dire merci. Merci ? Oui, un grand merci : nous avons tous passé un excellent week-end. Et tant pis si ce soir, les portes ferment un peu plus tôt (malgré un lundi férié…), nous profiterons de demain pour plier tranquillement les bagages en faisant un petit détour par la piscine. Pas de blues pour le Yeah! Enfin un peu quand même…

Et L’Olivier d’Or de la journée revient à… Lolo qui joue à domicile pour TOUS.
Et L’Olivier d’Or de la soirée revient à… Jacques, dont les éloges sont amplement mérités.

www.festivalyeah.fr
Crédit photos : Cauboyz

5 Comments

  1. "ricko"

    14 juin 2017 at 20 h 25 min

    je m’appelle ricko, j’ai perdu un képpa, si trouvez je donne beaucoup sous a qui a trouver le képpa est bleu, pése 30g.

  2. no

    15 juin 2017 at 15 h 17 min

    no said no

  3. lolito

    15 juin 2017 at 17 h 56 min

    je sui en érec

  4. madonnasummer

    15 juin 2017 at 19 h 00 min

    Tous ces commentaires sont, comme souvent, foutrement intéressants.
    @ricko : c’est moi qui ait trouvé ton « képpa », je le garde.
    @no : si-si, je t’assure.
    @lolito : moi aussi, c’est grâce au képpa de ricko.

  5. car casse ou choucroute crabe

    15 juin 2017 at 20 h 26 min

    c le quizzzz du bizzzz, quelle chaleur, t’a pas un petit beurrre, si t’a son kepa, c’etait quoi , 35g d’OR? lolito viens je t’abrege ça.

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