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FESTIVAL BURGERAMA [REPORT]
Un garage à ciel ouvert

Avec ses munitions de groupes tous plus cools les uns que les autres, la quatrième édition du petit festival californien organisé par le label Burger Records promettait de dégainer sévère. Et c’est les oreilles en guise de gilet pare-balles et les estomacs bétonnés par les fast-foods les plus improbables que nous nous apprêtions à vivre intensément la grande fête californienne du garage.

Premier soir, les étoiles brillent plus forts dans nos yeux que le flash des photographes sur le Walk of Fame. Nous pénétrons la salle de l’Observatory le vendredi pour la pré-soirée du festival à laquelle nous nous hasardons sans but particulier, l’oreille alerte, en quête de nouvelles pépites à croquer. On commence par Pookie & The Poodlez, un quartet spontané et énergique avec deux guitares très complémentaires dont une rythmique au son bien grindy. Le chanteur-guitariste plus fracassé pendant la demi-heure du set que Bowie pendant tout l’enregistrement de « Station to Station » rend hommage à Jay Reatard et plaisante entre chaque chanson en indiquant qu’il reste encore 88 chansons à jouer. On retrouve une partie du groupe (le guitariste et la bassiste sans Pookie) dans Cumstain.

Entre-temps, nous avons subi le rock classique à la touche 50’s du quintet suédois Lucern Raze qui fait preuve de moins d’intensité, malgré les velléités doo-wop du chanteur dans un style John Dwyer en plus faible. Le groupe n’a pas bien géré ses balances, le son crado et le laisser-aller dans la coordination scénique témoigne d’une mauvaise préparation. On jette une oreille distraite à la formation garage-latino Pastilla en sirotant une dernière Bud’, pas révolutionnaire pour deux pesos (Zapata, entre dans ces corps !) avant de bien terminer la soirée par les surprenants et hyper perchés Cumstain.

La première véritable journée du Burgerama brille dans le ciel bleu comme une orange de la Californie. Force est de constater que le garage est un style apprécié par une frange de la population à peine sortie du lycée. Ainsi, ce n’est pas le défilé de pintes prévu dans les espaces dédiés à la consommation d’alcool (interdit aux moins de 21 ans). Par contre le festival entier est un aquarium de fumée de weed à ciel ouvert et c’est dans cette ambiance que nous entamons la journée avec le set 60’s Mystic Braves, un fourre-tout des Animals, Steppenwolf et Mamas & The Papas avec un clavier vintage à souhait.

On voyage en Harley sur la Highway 1 les cheveux dans le vent direction Tijuana avec ce produit local pur jus respirant les 60’s, moins surfait que les renommés Allah-Las. Le concert a lieu sur la seule scène extérieure du festival – c’est le gros point noir du festival –  au milieu d’un parking peu propice aux déconnades et autres rêveries sur l’herbe. Les intenses Together Pangea envoient du steak avec leur tube Padillac. Ils sont comme à la maison, entraînant un public qui commence à pogoter dans tous les sens. Un rock à la fois heavy, braillard, des riffs punks incisifs taillés dans la roche et une attitude fun, telles sont les marques de fabrique de ces gaillards de Los Angeles.

Les sudistes Bass Drum of Death tout droit débarqués du Mississippi envoient un son très sec et interprètent surtout des chansons de leur très bon premier album (« GB City »), proposant un southern rock de stade plutôt décalé par rapport à l’ambiance flower power générale. En revanche set improbable et décevant pour Gang of Four, mythes du post-punk de Leeds. Leur présence aurait été la bonne surprise de l’affiche s’ils n’étaient pas restés coincés du côté des 80’s façon Alexandre McQueen pour les costumes. On veut bien que le batteur soit très fort et super en place mais cela ne suffit pas à ressusciter sur scène l’énergie de Entertainment!

On tend une oreille distraite au bon son shoegaze des Beach Fossils, et, tout en dévorant un tofu burger à 6 dollars, on s’oriente vers les très attendus Tijuana Panthers. Leur excellente Creature of The Night respire l’urgence mélodique par toutes les pores avec un petit côté surf-rock bien entraînant. C’est avec cette chanson, dans une atmosphère rétro 60’s, qu’ils achèvent un concert très convaincant.

Les Black Angels nous attendent à l’intérieur, avec un son stoner parfait et des visuels psychés hypnotisant le public. C’est tout le décalage entre la scène garage-pop mise en avant par le label Burger et le côté mystique et psyché des Texans avec des chansons de 10 minutes. Ils laissent la place à un Rocky Erickson du 13th Floor Elevators, un peu pompier, à la voix intacte certes (intensifiée par des rehausseurs tout de même), mais proposant un set sans la touche psyché espérée. Le défaut de la vieillesse et la difficulté à percevoir et restituer les subtilités de la musique d’antan peut-être…

À l’extérieur, on passe un moment plutôt agréable avec les Weezer. Ils sont chez eux ici et reprennent des tubes tels que Island In The Sun ou My Name is Jonas. La venue du père de Rivers Cuomo aux percus est une parenthèse sympathique. Il y a une vraie communion avec le public qui reprend en chœur les hymnes du groupe de pop le plus connu de LA.

On termine la soirée sur un mode apocalyptique avec le set complètement fou des aliénés de White Fang, un groupe qui fait peur avec un chanteur guitariste au physique de footballeur américain grassouillet, un bassiste asiatique tout droit sorti d’un film de zombie, et un batteur qui dérouille comme si le monde en dépendait. Un cauchemar. Mais ces clowns sur scène n’oublient pas d’envoyer un son bien crunchy, ce qui rend le set à la fois amusant et rebutant, quand ils ne s’arrêtent pas de jouer pendant 10 min pour prendre le public à parti en balbutiant d’obscures phrases déclenchant de redoutables pogos. Du grand n’importe quoi pour terminer la soirée.

Dernière journée sous le soleil californien encore brûlant, et c’est avec l’indie-pop lo-fi d’Ultimate Painting. Le groupe à la pop léchée pleine de reverb, marque de leur excellent label Trouble In Mind, est plutôt réservé sur scène, voir gentil. Mais leur univers plein de mélodies tropicools séduit et donne envie de roupiller dans une chaise longue sous les palmiers, une Margarita à la main.

Les King Khan & BBQ déguisés en catcheurs SM sont prêts à en découdre avec l’esprit de sérieux. Quand on voit la gueule de certains types de la sécurité, c’est pas inutile. On passe un moment vraiment fun au gré des chansons de l’excellent dernier album, à l’esprit plus punk et lo-fi que tous les précédents avec des mélodies vraiment imparables.

À leur suite, les Oh Sees dégainent leurs morceaux les plus catchy avec une intensité à réveiller un Corse. Une véritable orgie de saturation sous le soleil de Santa Ana provoquant hallucinations et mouvements intempestifs du bassin.

Ce n’est pas le gros foutoir (mais organisé) d’Ariel Pink et ses chansons toutes un peu folles, déroutantes, voire rebutantes, dans l’esprit d’un Zappa pop californien qui changera la donne, même si on attend un peu désespérément la seule chanson audible du groupe : Put Your Number In My Phone.

On se pose le cul, tranquille avec J.Mascis. C’est l’occasion de constater que le taulier de Dinosaur Jr est un excellent guitariste et qu’il propose un répertoire folk solaire, bucolique rappelant vaguement Neil Young avec sa voix de bûcheron canadien.

Puis c’est au tour des Black Lips de rentrer dans l’arène et de proposer leur singularité bluesy sudiste d’Atlanta en pleine Californie avec un rock garage entraînant, un saxo bien crado et une attitude scénique toujours à la cool même si ce n’est pas le meilleur live des protégés de Vice Records auquel on ait pu assister. Mais la chanson Family Tree balancée sur un parking dénué de tout arbre et la nuit qui tombe rafraîchissent l’assemblée.

Ty Segall dit l’enfant du pays (il est de Laguna Beach, à deux pas) va carrément détraquer un public endiablé avec un set des plus généreux. Il fait monter tous ses proches, organisateurs du festival, amis et musiciens sur scène au bout de quelques chansons et ces derniers dansent sur son groove cosmique jusqu’à la fin du concert. Il envoie, avec une intensité rare, les meilleures chansons de son répertoire, de l’oraison psyché-punk I bought my eyes (« Slaughterhouse ») au meilleur de l’album « Twins » (Thanks God For The Sinner, The Hill) en passant par l’énorme Feel (« Manipulator ») qu’il achèvera par un énième solo de guitare de mutant sans oublier de faire une reprise très émouvante du Moonage Daydream de Bowie admirablement restituée, faisant de ce concert la grande messe du festival et un moment bien particulier pour lui, comme il le clamera en remerciant les organisateurs Sean Bohrman et Lee Rickard qui l’ont soutenu dès le début. Le meilleur concert du festival voire plus.

La transition avec un Jacco Gardner en mode smoothy et son groupe des plus apathiques sera vécue comme un repos du guerrier. Quelques riffs de pop psychés 60’s baroque comme le jeune dandy hollandais sait les asséner seront plutôt salvateurs et donneront envie de mieux se pencher sur son tout dernier album « Hypnophobia », notamment la mélancolique et planante Find Yourself. On passe un très bon moment mais l’énergie retombe rapidement.

On termine pourtant la soirée avec les excellents Lonely Bad Things qui envoient un garage-punk bien décomplexé flirtant avec le happy hardcore le plus sauvage et donnent envie de se replonger dans la folie de cette journée explosive en sautant dans tous les sens, ce que ne manquera pas de faire un public extatique enchaînant les slams comme un patineur enchaîne les saltos.

C’est avec cette touche d’énergie adolescente que nous déroulons le rideau sur ce Burgerama IV qui marquera les esprits par la qualité de sa programmation et son ambiance fabuleuse, malgré un cadre un peu inconfortable invitant les organisateurs à se pencher sur de nouveaux lieux potentiels, en pleine nature ce qui ferait de ce festival une véritable aventure. Mais qu’elle continue, surtout.

http://www.observatoryoc.com/event/Burgerama

1 Comment

  1. Laparade

    14 avril 2015 at 23 h 59 min

    Lovely Bad Things (et non Lonely)

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