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ERIC ROBERTS
L’abécédaire du Pretty Roberts

3…2…1…Top ! Acteur, né en 1956, j’ai joué le rôle d’un scientifique dans le monster movie classé Z Sharktopus, un film où un megalodon bien vénère  se prend le bec avec une pieuvre gigantesque. Parrain de la pègre de Gotham en 2008, je donne du fil à retordre à la chauve-souris masquée dans The Dark Knight, puis, endossant encore le rôle d’un pourri  en 2010 dans The Expandables, j’essaie d’entourlouper Sylvester et ses amis. A moins que ma meilleure performance ne soit celle du mari de Mariah Carey dans deux de ses clips. Alors ? Qui suis-je ?

Un dernier indice : ma sœur est une actrice oscarisée. Je suis… je suis… Eric Roberts ! L’incroyable, l’inénarrable Eric Roberts.

La gueule de l’emploi

Grand frère de la lippue Julia, Eric, 55 piges au compteur, parachève son grand œuvre : une filmographie énorme qui tend à l’absurde tant le stakhanovisme du bonhomme impressionne. Eric dit oui. Voilà sans doute le postulat inaugural de sa carrière. Comme certains ne refusent jamais un verre, même si l’instinct de survie devrait leur susurrer de tourner le dos au zinc, Eric, lui, ne refuse jamais un rôle. Dès lors, la liste de ses apparitions rappelle l’inventaire de Prévert. John Waters (Cecil B. DeMented) côtoie Sylvester Stallone (L’expert), Ben Stiller (Disjoncté) fraie avec Bryan Michael Stoller (Miss Cast away and the island girls, une comédie avec Michael Jackson où les protagonistes doivent éviter de tomber nez à nez, sic, avec des Jurassic porks !). Autant dire du grand n’importe quoi, mais comme ça fait plus de trente ans que ça dure, on finit presque par envisager la carrière dudit Roberts sous un autre angle.

Loin de la bienséance hollywoodienne qui veut qu’un acteur dit sérieux (que dis-je, un artiste) n’aille pas se commettre dans des « sous-produits » grandguignolesques, Eric Roberts campe l’acteur artisan. Pas de sots rôles, pas de partitions moins méritantes, il offre sa dégaine de beau gosse voyou aussi bien à Christopher Nolan qu’à Sly. Il ne hiérarchise pas ses prestations. Si la qualité des films diverge, lui reste constant. Il semblerait n’être nullement intéressé par une carrière, construite film à film pour créer une cohérence, mais au contraire par l’exercice tous azimuts de ses talents de comédien. Car il a du talent ! Incarner à la perfection le salaud mafieux (type Amérique centrale) avec costard sur-mesure, cigare cubain et blagues phallocrates. Archétype qui lui colle à la peau comme un tee-shirt mouillé un jour de canicule, il décline depuis plusieurs décennies le rôle de malfrat, du dealer de rue au grand ponte, du New-Yorkais mal rasé au Panaméen propre sur lui. Petite frappe dans Le Pape de Greenwich Village, caïd dans le bayou avec Vengeance froide ou boss dans The Dark knight, Eric Roberts a la gueule de l’emploi quand on cherche un bad boy racé, une crapule au sourire carnassier, un escroc Dolce Gabbana. Même la diva des dancings, Mariah, pense à lui quand elle a besoin d’un mauvais garçon élégant. Le téléphone d’Eric doit être bouleversé de messages tous plus improbables les uns que les autres :

« Salut Eric, c’est Mariah. Tu voudrais pas mettre ton plus beau costume et venir guincher dans mon nouveau clip ? J’ai besoin d’un mec cool et bien sapé pour faire le baltringue à gros biceps. Kiss kiss

« Hey Rico, c’est Sly. Je fais un film avec les gloires des 80’s, histoire de se marrer un bon coup avec les vieux potes et de ramasser un gros paquet de dollars. T’en es ?»

« Bonjour Mr Roberts, c’est l’assistante de Mr Nolan. Maître Nolan voudrait savoir si vous seriez disponible pour incarner la crapule de son Gotham new look. Les costumes sont fournis par la production

Par-delà le mâle

Mais Eric ne s’illustre pas qu’en Pacino clinquant, le bougre ! Il officie aussi dans des séries Z animalières à tendance préhistorique (Raptor, Sharktopus), des films de clippers (Spun de Jonas Akerlund) ou des clips de filmeurs (Mariah Carey shootée par Brett Ratner). Même la télévision ne le laisse pas indifférent. Il enquille Heroes et les Feux de l’amour, Oz et Entourage avec la même nonchalance, dans des registres pour le moins détonants. Bref, une filmographie qui donne le tournis (ou la gerbe selon par quoi on commence) mais qui assume ses préférences, qu’elles soient de mauvais goût ou tendance. Son éclectisme effréné, sa boulimie sans borne (il peut apparaître dans cinq ou six films la même année) force le respect. Peut-être même est-ce ça un acteur, un vrai. Pas un tatillon qui n’accepte que les rôles à sa mesure mais plutôt un besogneux, toujours prêt à rendre service, toujours partant pour une nouvelle aventure cinématographique. Rares sont les acteurs (a fortiori américains) à oser un grand écart professionnel à ce point frontal sans risquer une ostracisation immédiate des nababs des studios (Steven Seagal n’est pas près de tourner pour Fincher ou Nolan par exemple).
Quelle est la recette de Mr Roberts pour rester crédible aux yeux de grands décideurs après certains choix qu’on pourrait à raison considérer comme suicidaires ? Mystère… Demeure le plaisir de redécouvrir à chaque apparition ce visage connu, cet éternel second couteau qui aura peut-être un jour les honneurs qu’on rend aujourd’hui à Danny « Machete » Trejo.

3 Comments

  1. Pavel

    13 mars 2011 at 13 h 15 min

    Je me souviens de lui dans The Ambulance, film de série B’ assez marrant où il tient le premier rôle et crève l’écran, avec pour méchant le moustachu des Feux de l’amour Eric Braeden.
    Et il apparaît dans un vieux South Park, où il est traité d’acteur qui surjoue, puis victime de cannibalisme, premier à être mangé car « personne n’en a rien à foutre d’Eric Roberts ».

  2. saroune

    17 mars 2011 at 23 h 55 min

    J’adore ces portraits d’acteurs « qui nous disent quelque chose ».

  3. Blandine

    18 mars 2011 at 15 h 05 min

    Moi aussi je trouve ça super; on ne parle pas assez d’Eric Roberts, le mec dont on ne savait jamais le nom. Et des seconds couteaux en général. Cool article!

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