Off THE RECoRD
//////////25 AVRIL 2009

DEPECHE MODE
Sounds of the universe

Depeche Mode en 2009, c’est un peu devenu ce grand frère des années 80 dont on avait tous un peu honte à l

Depeche Mode en 2009, c’est un peu devenu ce grand frère des années 80 dont on avait tous un peu honte à l’époque: vendeur hi-fi chez Mammouth la semaine, défoncé aux amphés le samedi soir, une épave emplie de lacunes qu’on a vu grandir du mauvais côté du périph’, la galère du siècle qu’était pas encore fini, de réelles fautes de goût sur la coupe de cheveux et comme un gros problème avec les excès en tout genre.

Aujourd’hui, le grand frère est devenu conseiller en assurances dans une multinationale, s’est marié trois fois et voit son gamin en alternance une semaine sur deux. Depuis 2002, ses tickets restos ont été réévalués trois fois et il peut désormais manger le midi sans se soucier du coût de l’inflation. Pour rester dans le coup (cinquantaine grisonnante), il s’habille désormais chez De Fursac (Celio Man, si votre frère habite à Cherbourg) et on le regarde avec un air attendri parce que la rédemption l’a touché. A force de jouer avec les anges, il a enfin touché terre. La cigarette elle aussi par intermittence, désormais il lui arrive même d’aimer le silence.

Sur la photo presse qui accompagne Sounds ot the universe, Gahan, Gore et le cousin germain à lunettes carrées prennent des allures de nature morte. Le premier, fier comme un paon au plumage redoré, il regarde l’objectif et reste le leader. Le second, comme à sa grande habitude, n’a tout simplement pas envie d’être là ; il se verrait bien crayonner des croquis de Santa Barbara. Le dernier… Tout le monde s’est toujours foutu du dernier, de fait. Les bons élèves et l’employé du mois n’ont jamais retourné la musique pour les masses.

Mais contrairement à (beaucoup) d’autres, Depeche Mode est encore là. Ils ont tout simplement compris que c’était en arrêtant d’être amis qu’ils pourraient encore se survivre 28 ans après leurs débuts. Depuis qu’il arrêté de boire en 1996, votre frère à quant à lui décidé de reprendre contact avec papa.

- Hey Dave, où emmènes-tu tes enfants cet été ?
– A Yellowstone. Tu peux dépitcher un peu le refrain de Wrong ? J’aimerais que ça sonne cool et un peu corrosif. Il reste du café les mecs ?

Ecrire une vérité marbrée sur Sounds of the Universe s’avère aussi difficile que de se souvenir du jour où le grand frère a décidé d’arrêter les clubs à partouze et le commissionnement sur les téléviseurs familiaux. Le plus rassurant, au fond, reste que Dave Gahan puisse arriver à (se) mentir dès le titre d’ouverture (I know I walk every midnight to dawn / In Chains / I’m in chains) lorsqu’on connaît l’histoire et son grand virage ; les chansons de foi et de dévotion. Plus loin, entre deux productions jeunistes, Gahan enfonce le clou chrétien sur Wrong (I was born with the wrong sign / In the wrong house / With the wrong ascendancy / I took the wrong road / That led to the wrong tendencies ) et tout le monde semble content qu’un chanteur puisse simuler la perdition pour le bien de la communauté. C’était moins une, j’étais à deux doigts de penser que Depeche Mode sortait désormais ses albums pour payer (eux aussi) la pension alimentaire.

Télévangélisme gravé sur sillon ou réelle passion pour les bondieuseries, Peace (symboliquement placée au milieu de l’album) est sûrement un hommage noir à Bob Gedolf (la compassion des grands espaces caritatifs : une main sur le casque, l’autre sur la fermeture éclair). Suivent un instrumental où Charly Oleg croise le fer avec Laurent Romejko (des chiffres, des lettres, un clavier) et quelques chansons dispensables qui ne parviennent pas à effacer le fait que même commercial, Sounds of the universe construit le temps, encore, et que Fragile Tension, Miles away ou Holes to feed sonnent, sonnent, sonnent. Comme les anciens.

Entre deux prises, j’aime à penser que Martin gore est sorti promener son chien en pensant à l’époque bas résilles et rimmel. Au même moment, le grand frère devait sûrement se demander quel film regarder ce soir. La survivance, dans les deux cas, justifie bien le vice d’une vie rangée.

Depeche Mode // Sounds of the universe // Mute (EMI)

http://www.myspace.com/depechemode

8 commentaires

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  1. - - - - - - - - - - - - - - - sylvain fesson

    Bizarre cet article.
    Bizarrement amené (le coup de la métaphore)
    Et on croit que tu dégommes le groupe, et son dernier album.
    Et en fait non.
    Vive l’ambiguïté !

  2. - Hilaire Picault

    La première écoute m’avait déçu (cette année de toute façon, tous mes maîtres sortent des trucs décevant – j’ai d’ailleurs commencé à disposer des cierges pour S.Y. en juin…) mais après-coups, les sonorités et les choix artistiques ressemblent pas mal à leur dernière tournée. Ce revival personnel des 80s, pas pour suivre les courbes de vente mais pour rejouer, réadapter, des titres comme Photographic qui prenait alors des allures de Justice ou Aphex Twin.
    My two cents…

  3. - - - - - - - - - - - - - - - - - - Syd C

    Une théorie :
    1. Leur grande époque : Ils étaient ignobles et ridicules. Nous le savions en les regardant dans des clips vidéos ou d’abominables playback. Ils étaient sûrs d’être modernes, marque de fabrique des esprits simples.
    2. La rédemption : On les voyait venir à des kilomètres, ils ont bénéficié de la grande vague de « réévaluation », le fameux « finalement, les nuls sont bons, suffit de bien les écouter pour être… moderne. »
    3. Les « sages » revenus de tout : la grande partie de rigolade. « On fait tout pour rester… moderne ».

    Rien n’a changé donc depuis I just can’t get enough, composée et interprétée avec un radio réveil.

    Bilan : allez, trois chansons potables, un truc pas si mal de Gore en solo.
    Question : Pourquoi tant de bruit, en dehors de « Coiffure Magazine » (leur ligne éditoriale le justifie).

    « It ‘s a blaaaack celebratioooon…. ». Arrête, je me marre.

  4. - Oliver Touiste

    le plus paradoxal dans DM c’est qu’on a tous dansé sur cet apostolat de diacétylmorphine, en pensant positivement, alors que c’est la descente dans les abîmes.
    Faire du bien là où ça fait mal ou vice versa…

  5. - LILI 62

    Oui bizarre cette chronique, une jalousie peut être de ne pas être à coté d’eux sur la table, mais peut être que tu n’as jamais partagé un concert avec eux, partagé tes gouts musicaux avec d’autres inconnus avant et qui comme toi sont là pour eux, pour être et faire partie de la soirée, les voir donner avec envie et pratage à leur public, et ensuite ils n’ont jamais changé de cap, se moquent des courants, au moins leurs reconnaitre cela……………….et ensuite l’album est fanstastique, même grandiose pour moi, sincérement que du bonheur oriculaire…………………mais peut être es tu sous la table………

  6. - BSTR

    Peut-être également réevaluer l’hypothèse que tu n’ai rien compris à l’article, hypothèse qui, je dois le souligner, n’est pas à négliger.

  7. - - Disso

    Il y a quelques groupes comme ça, on s’en fiche de savoir si leur album est supra bon ou moyen, parce que le groupe ou chanteur se suffit à lui-même, c’est le cas des Stones, de Depeche Mode, de Morrissey (même sans les Smiths), de Bowie et de Cure (et pas de U2, héhé). Après, ces mecs-là, ils peuvent pondre un truc médiocre, ils ont tellement apporté à la musique, à nos histoires personnelles, à nos souvenirs etc, que ça passe. Oui, c’est supra injuste, mais c’est ainsi (sauf pour Bono).
    Quant à l’évocation de « Coiffure magazine », la critique est basse, peu nouvelle, et peu pertinente. On peut sûrement etre garçon coiffeur et bien chanter! La preuve Thomas à la Nouvelle Star… (non? ok, je taquinais). Enfin bref, dire d’un chanteur qu’il fait « garçon de bain » ou « garçon de café » ou « apprenti coiffeur », ça soulage mais ça fait pas avancer le schmilblik. (sauf pour Bono qu’on peut traiter de garçon de bain sur le retour, ça fait pas plus avancer le truc, mais ça fait plaisir, et en plus, c’est vrai).
    Sinon, l’article est cooool, je trouve que Bester est un peu le Fonzie des lieux et Hilaire le Ritchie. Pour les autres, je ne me prononce pas.