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DANTON EEPROM
Sexe machin

Devant certains disques, le chroniqueur ne peut que rendre les armes. Avec « If looks could kill », nouvel album de Danton Eeprom, c’est toute l’armurerie qui dépose le bilan, et personne pour demander la moindre compensation lors de ce licenciement merveilleusement salvateur. Au menu, 10 killer tracks, et un constat après des dizaines d’écoutes, casqué comme un Président rue du cirque : ce type est un grand malade. Un perfectionniste. Et un obsédé textuel.

Devant certains disques, le chroniqueur ne peut que rendre les armes. Avec "If looks could kill", nouvel album de Danton Eeprom, c'est toute l'armurerie qui dépose le bilan, et personne pour demander la moindre compensation lors de ce licenciement merveilleusement salvateur. Au menu, 10 killer tracks, et un constat après des dizaines d'écoutes, casqué comme un Président rue du cirque : ce type est un grand malade. Un perfectionniste. Et un obsédé textuel.

A première vue, le disque ne paye pourtant pas de mine. Une pochette digne d’un prospectus publicitaire d’une grande compagnie d’assurances. Mais un prospectus lardé de plusieurs coups de cutter. L’intro de Melodrama in cinerama, le morceau d’ouverture, évoque une musique de jeu vidéo du début des 90’s. Rien de vraiment notable. Et puis très vite, une voix vocoderisée débarque, et la station orbitale décolle pour 50 minutes de trip vicelard et moite à souhait, bande originale d’un remake hot de Gravity où Bullock et Clooney aurait été remplacés par Elodie Chérie et Sébastien Barrio.

if-looks-could-killPour les quelques hipsters qui ne sauraient pas encore qui est Danton Eeprom, un bref flash-forward s’impose. Beau gosse (sur la pochette, il ressemble comme trois gouttes d’eau à notre rédacteur en chef, le costume en plus et la barbe de 6 semaines en moins, c’est vous dire l’élégance aristocratique de la bête), Eeprom est marseillais. Il souffre (donc) d’un déficit d’image, même s’il a désormais l’âge auquel le Christ nous a quittés. Ceux qui en ont entendu parler sans l’avoir jamais réellement écouté le rangent souvent un peu trop hâtivement dans la case « hispter pour putes à frange en chaleur ». C’est ce qu’on nommera prudemment l’effet Tsugi, fervent supporter historique du Danton en question. Cette étiquette de mec branchouille pour minettes surexcitées pourrait d’ailleurs se défendre, puisqu’on a rien entendu de plus bandant qu’All American Apparel depuis la dernière prestation d’une célèbre présentatrice météo aux Chandelles, club où les échanges de timbres sont formellement interdits. Voix salace, débit langoureux, sexy comme l’indécente Alizée sut l’être à 15 piges, Danton susurre à foison « Oops i did it again, between my legs American Apparel …» sur un beat électronique minimal qui devrait retourner n’importe quel dancefloor digne de ce monde. Un titre qui suinte autant le stupre qu’une éjaculation faciale en plein mois d’août à la grande Motte. Heavy, heavy…

Sur la pochette de cet LP, Danton s’affiche donc en homme d’affaires classieux, prêt à nous vendre sa bouillabaisse électronique, à nous la mettre profond, à nous retourner le cervelet à coups de beats, de gimmicks assassins, de production monumentale et millimétrée. Bref, il arrive armé jusqu’aux dents, et toute tentative de résistance s’avère rapidement vaine. Hungry for more,  déflagration qui prend aux tripes, te propulse king of the world pendant 7 minutes et 5 secondes au cours desquelles Sodome et Gomorrhe deviennent enfin une réalité tangible. Warning : ce disque qu’on aurait pu craindre lourd comme un plat de fèves se révèle dangereux au point d’affoler sans cesse tes pensées les plus inavouables. Soyons franc, on tient là la bande originale rêvée d’un Sexodrome qui aurait soudainement découvert le bon goût.

En vrac, l’auditeur averti y trouvera du Kraftwerk, du LFO, de l’Orbital, de l’indie, du Britney, de la dope, du songwriting, des blowjobs, du pole dance, du salace, du vice, de l’élégance dépravée, en bref, le parfait barda du jeune homme à la page, ancré dans une époque aussi peu désirée que ces baguettes industrielles qu’il consomme pourtant par dizaine. Danton se la joue à l’ancienne, la production est profonde, mat, sans fioritures. On y trouve du I:cube, du Black Strobe, de la house from Chicago, des rebounds, du synthé vintage comme s’il en pleuvait. D’un petit plaisir coupable, « If looks could kill » s’est rapidement mué en drogue quotidienne depuis quelques semaines, même si on trouve dans ce vibromasseur sonore des sonorités plus discutables qui rappellent parfois Technotronic, comme sur Occidental damage. Ma cochonnerie d’iPod ne cesse de le réclamer. Moderne et terriblement vintage à la fois, adoubé lors de son exil londonien par Andrew Weatherall,  gourou électro et grand manitou des défunts Sabres of paradise, Danton aura passé plus d’un an et demi sur ce petit bijou, allant jusqu’à enregistrer 26 versions de certains morceaux pour atteindre le résultat souhaité. Un dingue.

J’allais oublier. Pour les geeks qui veulent toujours tout savoir sur tout, sachez que Eeprom signifie Electrically-Erasable Programmable Read-Only Memory, un type de mémoire informatique programmable et lisible à l’infini. Danton, si ton prochain LP est de ce niveau là, sache que je veux bien être le jouet que tu télécommanderas jusqu’à plus soif.

Danton Eeprom // If looks could kill // In Finé
https://soundcloud.com/danton-eeprom

5 Comments

  1. maitre capello

    20 janvier 2014 at 10 h 31 min

    un bref flash-forward ?
    un flash back, non ?

  2. Romain Flno via Facebook

    20 janvier 2014 at 13 h 52 min

    Albert, en plus d’être le roi des fayots, est de plus en plus libidineux (Elodie Chérie quand même). Belle chronique !

  3. Danny Wilde via Facebook

    20 janvier 2014 at 15 h 42 min

    il est gay, non ?

    • Jantot Jean-Luc

      4 avril 2014 at 20 h 31 min

      Ah non! Danton Eeprom n’est pas gay! l’homosexuel que je suis le déplore.

      Il est simplement élégant. Très élégant. Ah!…

  4. toto via fessebouc

    20 janvier 2014 at 23 h 55 min

    Elle est toujours en activité, Elodie Chérie ?

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