Il est si simple de s’extasier du raté. La presse s’empresse chaque jour de défendre l’indéfendable bastion de la honte.

Les deux branquignoles de MGMT qui se masturbent sur une musique faussement imaginative en foutant un bordel d’intello minable pour cradosser un blason trop doré pour leurs épaules under-G. La maison hantée des XX qui oublie l’essence même de notre siècle… Les gens n’achètent plus de disques et préfèrent dépenser leur fric pour chialer devant ses idoles. Quand je repense à ce que ces faces de berlinois anorexico-obèses ont balancé sur scène, ici même au point éphémère, autant se finir tranquillement aux anxiolytiques. Et pourtant, je suis bien là de nouveau, bercé d’espoirs et persuadé que Caribou réussira là où tous les autres ont échoué. Définir ma pop générationelle.

Il est difficile de s’élever en arbitre universel, départager le bien du mal, le beau du moche. Et pourtant je le fais de grâce, chaque jour, tentant désespérément d’éradiquer la pollution visuelle qui cradosse mon ozone. Mais à l’instant où Sun débute, la grande tige sosie d’un Sheldon (1) expert en atomistique se transforme en élan de beauté. (Note de la rédaction: unique jeu de mot foireux avec Caribou dans ce texte. Promis)

Ce soir, plus rien n’a d’importance. On décide de fermer les yeux, s’emparer de la puissance pop portée à nue, magiquement indépendante, perforante. Les minutes s’égrènent sans qu’aucun dégoût ne puisse interférer le bonheur sain d’une musique à multiples écoutes. Il est de ce genre de plaisir inintelligible qui te pousse à ne plus penser, la boucler et admirer. Car la pop n’est pas la simplicité mais plutôt l’inverse: rien n’est plus dur que la facilité.

La voix de Daniel Victor Snaith s’élève, apeurée, laiteuse, seule contre toute, dans un shoegaze discordant, bruitiste par moment (Jamelia) mais ne délaissant jamais la force vive de l’écriture mélodique (Odessa). Car des tubes, Swim en regorge. Universels et d’une profondeur à rendre bien pâle ses concurrents mélomanes qui se fracassent aisément le crâne face à cette montagne de douceur tortueuse, sans qu’aucune incertitude n’interfère. La rigueur d’un scientifique apeuré par le vide. Un vide comblé, note par note, par une harmonie presque dansante (Hannibal) mais surtout imaginative du moindre détail.

Caribou est un oublié.

Et pourtant, après des années de recherches futuristes, toujours à la recherche du son qui marquerait l’empreinte de ce début de siècle, Caribou vient de compléter l’alinéa blanchâtre qui marquait jusque là ma définition de la pop du XXIème siècle ; et bien loin d’une certaine simplicité scandée ici et là (John & Jehn) mais à l’inverse, dans l’amalgame visionnaire de sonorités évasives.

Me voilà ainsi, élevant un trentenaire en porte drapeau d’une culture qu’il a parfois bien du mal à appréhender. A l’aube de ma vingt-deuxième année, ça doit s’appeler la maturité.

Caribou // Swim // Domino (Coop)

http://www.myspace.com/cariboumanitoba

(1) Personnage de la série geek «The big bang theory»