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CÂLIN
« Black Chinese II », by its cover

« Black Chinese II » de Câlin arrive chez le journaliste musical sur un carton qui reprend les codes du disque d’or, avec un petit cartel en haut et le disque en doré accroché au centre. Il y a même, à l’arrière, une petite patte en carton qui permet à l’objet de tenir debout. Il faut un sens certain de l’autodérision rétro-temporelle pour utiliser un objet en aussi tragique voie de disparition. Mais de l’autodérision rétro-temporelle, Câlin n’en manque pas.

"Black Chinese II" de Câlin arrive chez le journaliste musical sur un carton qui reprend les codes du disque d’or, avec un petit cartel en haut et le disque en doré accroché au centre. Il y a même, à l'arrière, une petite patte en carton qui permet à l’objet de tenir debout. Il faut un sens certain de l’autodérision rétro-temporelle pour utiliser un objet en aussi tragique voie de disparition. Mais de l’autodérision rétro-temporelle, Câlin n’en manque pas.

« Black Chinese II » lorgne férocement cette époque bénie où les disques d’or se ramassaient à la pelle, tenez Tonton David par exemple : cinq disques d’or. On parle donc d’un temps où les labels devaient prévoir, dans leurs bureaux en haut de tours futuristes, de longs couloirs à la moquette épaisse pour pouvoir y aligner, dans une pénombre trouée par la lumière de spots halogènes directionnels, les disques d’or de leurs artistes.

Avec ironie donc, Câlin pose un album sur les rails de cette époque, moins le versant Tonton David que celui du règne sans partage des synthétiseurs que le groupe vient croiser avec une électro old new school.
Le premier morceau, clairement citationnel, se situe sur une ligne d’indécision, à mi-chemin entre Kraftwerk et Supercopter. La suite de l’album prolonge cet agréable sentiment de déjà-vu, ce flashback à une époque décadente où les films d’action de La Cinq dégoulinaient de partitions synthétiques. Bien entendu, quiconque entend pour la première fois « Trans-Europe Express » de Kraftwerk peut un instant confondre le morceau avec le générique de Supercopter. Doute fondamental que peu d’entre nous osent formuler en public, trope pourtant essentiel de la musique populaire — il suffit de voir comment John Williams, compositeur de Star Wars, a pillé Dvorak et Stravinsky pour être rassuré. Et encore, c’était avant l’invention du sample.

De citation en citation, « Black Chinese II » évoque un peu l’étrange bande-son de Rubber qui convoquait les mêmes fantômes. En haut des tours de bureaux des années 80, dans les couloirs obscurs des sièges déserts, on entend résonner, étouffés par les murs lambrissés et l’épaisse moquette violette, les échos répétitifs de la musique synthétique.

Câlin // Black Chinese II // L’Amicale Underground
http://calin.bandcamp.com/album/black-chinese-ii 

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