Il y a des groupes qu’on aimerait détester et qui vous le rendent bien. Il y en a d’autres qu’on détesterait aimer, et Bonjour Afrique.

« Bonjour. Je suis le responsable du Département comptabilité de la Banque Africaine de Développement à Ouagadougou. Je sais que vous recevrez ce mail avec un sentiment de surprise mais vous n’avez pas à vous inquiéter de rien. J’ai décidé de vous contacter pour une transaction qui nous sera très salutaire à tous les deux une fois terminée. Au cours d’opérations de contrôle et d’audits, mon département a découvert une somme importante d’argent par hasard ». Par quel marabout de ficelle pourrait-on bien prendre la chronique d’un groupe dont on n’a pas encore bien perçu tous les contours ? Vaste territoire dont le trésor est coché d’un X quelque part sur la carte, Bonjour Afrique aura(it) tout pour finir dans le tiers-monde du bon goût : des capuches en coton made in Brazzaville, un nom stupide (pourquoi pas « Salut Hongrie », tant qu’à faire ?), des voix vocodées chantées à côté de la plaque et or, une batterie plus grosse qu’un membre de vendeur de gris-gris ;  j’en dépasse et des meilleures. « Cette somme a appartenu à un étranger décédé en janvier 2003 dans un accident d’avion ». A force de recevoir des Spam venus d’Afrique, on finit parfois par en perdre ses bonjours.

Écrire du duo qu’ils sont l’avenir du rock’n’roll, ce serait un peu comme promettre aux badauds qu’ils verront des éléphants.

Pour autant chez Bonjour Afrique, pas de chasse gardée. Comme une odeur de vomi de fin de soirée avec des grumeaux de rock à l’intérieur, le tout mélangé dans un filet de bave fluorescent, dernier vestige d’une soirée trop arrosée à fracasser ses fûts de forgeron dans un club à 12 euros la vodka. « Tiens regarde, j’ai même trouvé un bout de saphir dans son vomi, ça doit être un Dj ». Ils ne sauveront peut-être pas vos nuits, mais les deux compères savent pourtant s’y prendre pour semer le trouble, le doute, ce doux parfum de péché coupable à danser comme un alter-pétanquiste sur du rythme 4/4 à la vas-y-comme-j’te-pousse.
Sombres étrangers paumé sous les sunlights des tropiques, nos deux hérauts enluminés s’avèrent proches d’autres musiciens de la capitale, de Sheraff à Toxic Avenger en passant par Poni Hoax. Cela suffit-il à recevoir ses papiers en règle ? J’en sais foutrement rien mon vieux, pourtant leur EP m’a fait la soirée. Lorsque deux potes de lycée rêvent d’un groupe de « punk pop romantico sauvage », je pense barbecue et shorts en jean, années 90 et french touch, Noir Désir tapant le bœuf avec Jamaica, le pull jacquard négligemment posé sur l’épaule pour transpirer avec deux lectrices rougeaudes de Pèlerin Magazine couchées sur un bord de Seine. Comme les douches aux Baumettes ça fait plutôt froid dans le dos, mais à bien y réfléchir le grand vice de Bonjour Afrique – en dépit de leur nom qui fait déjà mouiller d’encre tous les épris de Justice –, c’est justement le travestissement de la maladresse en punk songs de Versailles, la naïveté des bourgeois qui s’encanaillent à fricoter avec les fermetures éclair.

Il est là leur génie – si tant est que Bonjour Afrique parvienne à choper le charter des charts – fourguer de la camelote au prix de l’or, donner de la violence à ceux qui cherchaient l’amour, comme si Sébastien Tellier et Daft Punk avaient accouché d’un enfant qui refuserait d’enfiler ses chaussettes à l’endroit. Aussi sûr qu’on n’est jamais vraiment certain d’aimer sa progéniture un jour, le duo de Bonjour Afrique se pose là : version miniature des Tour Effel, aussi belles que des promesses venues de Ouagadougou, deux petites diodes à capuches qui annoncent monts et merveilles sans savoir si elles clignoteront encore demain. Par les temps qui courent, c’est déjà pas si mal.

Premier EP bientôt commercialisé entre Barbès et la rue du Faubourg St Honoré, à suivre. Ou pas.
http://www.myspace.com/bonjourafrique

13 commentaires

  1. Le Poulain, comment dire… Soit c’t’une blagounette, genre private joke entre copains, soit tes yeux sont bons pour le court bouillon. Si ce papier est un pet, je file dire bonjour à l’Afrique, histoire de me chopper une chiasse d’enfer à en claquer 4000 signes du tonnerre. Combien de papiers lit-on aujourd’hui sans cligner des yeux ? Pour être tout à fait clair et filer ta métaphore, t’as de la merde dans les yeux, coco. Enfin, Poulain quoi.

  2. Yep Bester, content que t’ai chroniqué ce groupe sur ton fanzine surtout que t’es peut-être pas le mieux profilé pour en parler parmi les Gonzo Boys…J’étais au concert de la vidéo et c’était tout simplement génial. Après je pense qu’il serait salutaire de faire un papier sans citer systématiquement Poni Hoax ou Cheval Blanc. La musique à Paris et en France c’est pas que le romantisme des ptites rues sinueuses perverti par les orgues éléctroniques et les prostituées H&M. On peut aussi pratiquer le culte solaire et consommer la musique comme une amphèt en rêvant d’un revival Zappa/Love version electro-punk sans que le moindre gentillet du 18e en slim et wayfarer n’y puisse rien entendre. Pas besoin d’habiter Bagnolet, fréquenter l’under-underground et faire du skate pour attendre de la musique d’être nucléaire et surtout rayonnante à l’instar de la technologie contemporaine.

  3. Cheval qui? Poni quoi?

    Allez, Poni Hoax et Bonjour Afrique sont liés, musicalement, ont déjà joué ensemble. Cher Matt, évitez donc de me faire le procès du recyclage systématique (remarque j’aurais peut-être du parler de Dischord on m’aurait moins casser les bonbons).
    Et j’ajouterai, pour ma défense, qu’il est relativement difficile ces derniers temps d’échapper à Nicolas Ker, chanteur en CDD chez Mohini, Black Devil Disco Club, Aeroplane, Paris – son propre groupe, etc…

    Mis à part ça personne ne me félicite sur mon super jeu de mot (« épris de justice ») et je trouve ça bien dommage.

  4. Désolé pour le jeu de mot, je l’ai pas compris du premier coup tant le fond de ce groupe diffère du sens de son patronyme. Musicalement je préfère la BO de Bioman, sans vouloir faire de tort aux pigistes de Géo. Sinon, Black Devil Disco Club, j’irai bien jeter une oreille après avoir lu l’album de Tintin qui m’occupe à plein temps à cette heure-ci.

  5. la video live est pas mal mais putain, par l’odeur du microbuzz alléché j’étais allé écouter les morceaux sur leur myspace il y a quelques mois et j’en garde le souvenir d’un des trucs les plus immondes jamais entendus de ma vie : genre du hardcore emo avec refrains héroïques et voix auto-tunées à outrance… un gros gloubiboulga vraiment infâme. Ca me file des frissons de dégoût rien que d’y repenser (et je n’exagère même pas).

  6. je les ai vu en concert il n’y a pas très longtemps, je suis allé attendre dehors que le second groupe se présente(festival mairie du XIème), un chant des plus faux, une guitare peu originale, j’ai cru que c’était un groupe qui n’avait pas eu de plan pour la fête de la musique et la mairie avait dégoté un créneau pour leur prestation…aucun charisme pour moi en tout cas et musicalement rien à signaler…

    bref mon avis ne vaut que pour moi mais quand j’ai vu un article sur eux je m’attendais à autre chose, il s sont par contre sûrement très sympathique quand le batteur arrive à faire tenir négligemment ses cheveux en l’air car car sinon ça fait pas keupon….

  7. A lire ce dernier commentaire, je me dis que le seul problème de ce papier reste qu’il aurait du être titré: « J’aime le rock de droite ». C’est vrai quoi, c’est du rock de droite et ça me fait marrer. Contrairement à leur confrères, je ne pense pas qu’ils atteindront la retraite, bon point pour leurs détracteurs. Eh eh.

  8. Mouais, je vois pas trop pourquoi tu dis ça honnêtement, ça demande développement. En tous cas Aeroplane, j’avais entendu parler et sans doute écouté distraitement mais c’est vraiment mortel. Merci pour le rappel.

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