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BERNARD FEVRE
Le diable est dans les rééditions

C'est l'histoire d'un type qui avait tout pour faire partie de l'histoire de la musique électronique et qui finira par oublier ses rêves de grandeur faute de reconnaissance nationale. Un petit génie de la musique électronique à (re)découvrir avec la réédition de « Suspense », « Black Devil Disco Club » et surtout du fabuleux « Cosmos 2043 ».

BDDC-Philippe-MazzoniLa première chose qui frappe quand on rencontre Bernard Fèvre, c’est la différence entre cette apparence physique plutôt bonhomme et la musique futuriste que contiennent les trois récentes rééditions de ses albums 70’s. L’homme est disert, agréable, se présente comme quelqu’un qui a « survécu de la musique et qui a du pour cela aller à la pêche aux contrats » tout au long de sa carrière. Une carrière commencée par une dizaine d’années de music-hall qui lui auront permis de maîtriser au mieux le fameux ratio efficacité sur scène / moyens alloués. Mais pourquoi diable le Music-Hall? « Parce qu’il fallait bien bouffer ». Ne pas se fier à cette réponse labellisée mère Térésa, Fèvre est très loin de toute posture misérabiliste, et ses réponses à mes questions seront tout au long de l’entretien désarmantes de sincérité. La sincérité de ceux qui n’ont plus rien à perdre car ils n’ont jamais gagné grand-chose. Une carrière en dents de scie sacrément mal aiguisées.

En l’interrogeant, on a rapidement l’impression d’avoir affaire à un survivant. Pourtant, Fèvre est pourtant bien plus qu’un simple intermittent désargenté de l’onde sonore. Qu’on ne s’y trompe pas, on a affaire là à une sorte de Daft Punk de pré-numérique à lui tout seul.

Gamin, rien ne le prédestine pourtant à devenir un roitelet de l’électro-bidouille. La musique n’est pas encore devenue la quasi-propriété de fils de bourgeois friqués, mais le home-studio n’existe encore que dans les rêves des professeurs Tournesol en puissance que sont par exemple Kraftwerk et leur fameux studio Kling-Klang. Bernard est bien loin de tout ça. « Ma mère était blanchisseuse et mon père monteur-levageur. Ils ne comprenaient rien à la musique. Le truc, c’est que j’étais un surdoué. Je jouais dans le préau de la maternelle du piano à deux mains. Une maîtresse a convaincu mes parents pour que je prenne des cours. Donnés par des tenanciers de café qui m’ont dégouté de l’instrument. A 10 ans, j’ai commencé à leur taper dessus et j’ai arrêté de suivre ces cours qui ne répondaient pas à mon attente de la musique ».

« A l’époque, j’étais trop en avance sur mon temps et personne ne comprenait ma musique ».

Pas doué pour l’école, Fèvre quitte l’école à 16 ans et commence à bosser en usine tout en continuant à travailler ses capacités de compositeur et de musicien . « Vers 6-7 ans, je sentais dans certains morceaux de radio des éléments différents qui annonçaient le rock’n’roll . Les harmonies des morceaux américains étaient aussi plus pointues. On était plus sur 3 accords réutilisés à l’infini. Ils utilisaient la 7ème de dominante ce qui était assez gonflé. Plus tard, j’ai arrêté mon cursus scolaire à 16 ans pour aller bosser à l’usine. J’ai sympathisé avec le fils du patron, qui m’a mis en relation avec un pianiste des Champs-Elysées qui m’a finalement donné deux ans de cours».

Nostalgique d’une époque pas encore dévastée par le chômage, le sida ou les réseaux sociaux, Bernard souligne l’air goguenard qu’« à l’époque, on rigolait. Les Charlots mélangeaient Georgette Plana et des effets rock’n’roll assez barrés. Aujourd’hui, on se fait chier. Thomas Dutronc, par exemple, m’ennuie profondément alors que son père me faisait marrer. Tout est trop sage désormais. ».

Alors pourquoi ? Pourquoi Nanar est-il passé à côté d’une reconnaissance mondiale ? Peut-être tout simplement parce qu’il vient du pays de Maurice Chevalier. Et que si la France ne représente alors pas grand-chose sur la carte de la musique pop, elle ne vaut guère que quelques miettes de cacahuètes sur celle de la musique électronique « pop » (dégainez vos contre-exemples, messieurs les haters, ils ne pèseront de toute façon pas très lourds face à l’armada teutonne ou anglo-saxonne).

La première question à se poser est peut-être la suivante : peut-on raisonnablement se prénommer Bernard et envisager une carrière dans la musique sans prendre de pseudonyme? Evacuons d’emblée les cas Lavilliers (franchement, à part ses premiers albums, je suis incapable de vous dire si la suite vaut le détour pour cause de traumatisme adolescent dû à son fameux « la musique est un cri qui vient de l’intérieur,… »), Edwards (personne ne s’est encore demandé si l’origine de la disparition du fameux bassiste de Chic n’était as en réalité un suicide patronymique?) et Minet (hors-concours pour des raisons qu’on ne développera pas ici) pour nous concentrer sur le cas Fèvre. Car oui, Bernard Fèvre est un cas, un gros. De ceux inexplicablement passés entre les gouttes de la postérité. Banni des anthologies de musique électronique avec la sidérante régularité d’un coureur kenyan sur le tapis d’entraînement, oublié de (presque) tous, Fèvre pointe systématiquement aux abonnés absents lorsque tout fan de musique s’adonne à son exercice préféré en soirée : le name-dropping. Pour Bernard, cet oubli a une explication très simple. « A l’époque, j’étais trop en avance sur mon temps et personne ne comprenait ma musique ».

Aucune frime ou posture dans le propos, une simple constatation que l’écoute de ces trois joyaux récemment réédités ne fait que confirmer. En trois albums qu’on qualifierait aujourd’hui assez paresseusement d’électroniques, l’artisan du circuit imprimé évoque tour à tour l’ambiant music à son top, le meilleur du disco (Black Devil Disco Club) ou des trésors planqués d’un Brian Eno overdosé de mélodies. Inutile d’essayer de les décrire, le plus simple c’est de les écouter. D’ailleurs, lorsqu’on lui demande un avis sur ces trois albums revenus de nulle part, Fèvre les décrit comme « très bien pensés et très bien faits, mais apparemment trop en avance pour leur époque » si on pense à leurs chiffres de vente assez ridicules.

La cause est donc entendue, on aurait donc affaire à un artisan consciencieux inconscient de la portée quasi-magique et avant-gardiste de ses productions électroniques des 70’s? Car oui, « Suspense », « Cosmos 2043 » et dans une moindre mesure le pourtant plus reconnu « Black Devil Disco Club » sont magiques. Fèvre avait des envies de grandeur mais n’a pas toujours eu les moyens de ses ambitions. « Mon malheur, c’est que je suis un petit français qui n’a jamais eu les moyens de se tirer à l’étranger. Sinon je l’aurais fait il y a bien longtemps, parce que pour les Allemands ou les Anglais, mes disques ne leur paraissaient pas être des ovnis inexploitables. Avec ces disques, j’ai inventé pas mal de trucs, dont le home-studio. On avait envie de changement, et cette musique reflète ce besoin de mettre un coup de pied dans la fourmilière ».

1977. Pendant que Bowie délivre « Low » puis « Heroes » et Kraftwerk le classique « Trans Europe Express », Fèvre sort « Cosmos 2043 » qui n’a pas grand-chose à leur envier. Près de 40 ans plus tard, ce disque brille par sa modernité et continue d’écraser la concurrence sans ménagement. Comme ce sera le cas pour Phoenix ou Daft Punk des années plus tard, le travail de Bernard est plus reconnu à l’étranger qu’en France. Mais le parallèle s’arrête là, car quand la notoriété des premiers cités s’envole après quelques albums, celle de Nanar reste désespérément au niveau de la mer. Et ça continue. Il l’avoue lui-même, même s’il a eu des touches avec Le Monde et Libération, c’est avant tout grâce à l’étranger, et plus particulièrement du Japon où il vient de tourner, qu’il parvient depuis près d’une dizaine d’années à vivre de ce travail de pionnier de l’électronique.

La France n’est pas et n’a jamais été un pays de musique.

Mais tout n’est pas si simple. Sous un aspect de gros nounours, Bernard a la dent dure et ne saurait souffrir d’une quelconque reconnaissance du ventre. « La France n’est pas et n’a jamais été un pays de musique, c’est d’abord un pays de distraction ». Comment lui donner entièrement tort si l’on considère avec effarement la liste des nominations des dernières Victoires de la musique par exemple. Mais est-ce vraiment mieux ailleurs? La perfide albion ne produit plus grand chose de neuf, par exemple. On se dit d’ailleurs que réédité chez Warp, « Cosmos 2043 » aurait reçu l’accueil qu’il mériterait. Ce disque est une tuerie, on y trouve les origines des Daft Punk, de Prefuse 73 ou Savath and Savalas. Et ce n’est certainement pas les Chemical Brothers qui diront le contraire, eux qui samplèrent Earth Message de Fèvre sur leur mini-bombe Got glint. Ni Aphex Twin qui après l’avoir samplé finira par rééditer Disco Club.

Quand on lui demande la raison pour laquelle Daft Punk rend hommage à Moroder sur leur dernier LP (et donc pas à lui), Bernard souligne qu’ « ils rendent hommage à celui qui rapporte le plus. C’est du commerce, et tout ça c’est du pipeau… J’ai fait des featuring avec Afrika Bambaata ou Nancy Sinatra, mais personne n’en a parlé parce qu’il ne sont pas connus en France. Nancy, oui, par les gens de mon âge, mais Afrika Bambaata, personne ne sait qui c’est ». Là encore, ses propos ne dégagent aucune amertume même s’il n’hésite pas à mettre les pendules à l’heure avec cette french touch arrivée trop tard. « Avant on était dans le ternaire, désormais on est figé dans le binaire. J’ai toujours évolué, et écouté tout ce qu’il se faisait dans la musique. J’ai une très bonne oreille et je capte très vite ce qu’il se passe. Ca m’a permis d’évoluer dans ce milieu. Quand t’es un artiste, un créatif, ça peut être dur au bout d’un moment. Si tu ne gagnes pas correctement ta vie, c’est dur. Les anglais m’ont redécouvert au moment où je pensais tout arrêter. Ils m’ont reboosté et donné un coup de jeune. Quand la french touch est arrivée, je retrouvais pas mal d’ingrédients de mon travail dans certaines productions. Je me suis dit qu’ils ne se faisaient vraiment pas chier. Mais c’est normal ».

Pour les chanceux, la vie se résume souvent à right time, right place… Pour Fèvre, ce serait plutôt too much too soon. Si « Cosmos 2043 » sortait aujourd’hui sous l’étiquette Zombie Zombie, le monde de l’électronique hurlerait au génie classieux teinté d’une sobriété décadente. «  Les gens qui viennent me voir aujourd’hui, c’est les jeunes. Du japon, des Etats-Unis…Une nouvelle jeunesse mondiale qui sert à ce que le monde change. Alors que quand j’ai commencé à refaire des concerts, les gens qui venaient avaient plutôt entre 35 et 65 ans. Ce qui m’énervait car je n’aime pas la vieillesse. Ni celle des autres, ni la mienne.A partir de 25 ans, les gens perdent leurs rêves et après ils sont chiants ». C’est dit, Bernard Fèvre repart sur de nouvelles bases, avec un nouveau public. Ceux qui auront la chance de tomber sur cette musique, et plus spécialement sur « Cosmos 2043 », devraient donc passer une putain de fin d’été.

Bernard Fèvre // Reeditions vinyle Suspense (1975), Cosmos 2043 (1977), Black devil disco club (1979) // Alter K

http://alterk.bigcartel.com/product/bernard-fevre-suspense

reissue

 

10 Comments

  1. John de Cuir

    17 août 2015 at 15 h 31 min

    J’ai decouvert Black Devil dans les mixes afro de Baldelli et consorts et franchement j’accrochais vachement… Maintenant il faudrait vraiment que le mec se taise ou aprenne l’humilité dans ses interviews… Quel suffisance !! Et l’auteur de l’article en rajoute aussi. Morceaux choisis:
    1 – « Qu’on ne s’y trompe pas, on a affaire là à une sorte de Daft Punk de pré-numérique à lui tout seul. » Heu il n’était pas le seul à expérimenter avec l’electronique à l’epoque ! Combien de petits français s’y sont essayés. François de Roubaix, Droids, Space Art, Didier Marouani, Patrick Vian, Claude Perraudin, les prog-rockers, Gainsbourg et j’en passe… En plus, dans le style Fèvre n’est pas celui que je préfère. Affaire de gouts peut être…
    2 – « A l’époque, j’étais trop en avance sur mon temps et personne ne comprenait ma musique ». « D’ailleurs, lorsqu’on lui demande un avis sur ces trois albums revenus de nulle part, Fèvre les décrit comme « très bien pensés et très bien faits, mais apparemment trop en avance pour leur époque » » Pauvre petit… Le public comprenait mieux Jean-Michel Jarre peut etre ? Je ne pense pas…
    3 – « Avec ces disques, j’ai inventé pas mal de trucs, dont le home-studio. » Bein voyons.. Il a inventé le moog aussi ? Des mecs avaient déjà des home studios en 1965. Il aurait mieux fait de sortir de sa grotte et d’aller voir ce qui se faisait ailleurs au lieu de s’auto-proclamer avant-gardiste
    4 – Pendant que Bowie délivre « Low » puis « Heroes » et Kraftwerk le classique « Trans Europe Express », Fèvre sort « Cosmos 2043 » qui n’a pas grand-chose à leur envier. Pas grand chose à leur envier ? Franchement je suis désolé Bernard, mais si…
    5 – « La France n’est pas et n’a jamais été un pays de musique » « Afrika Bambaata, personne ne sait qui c’est ». Bon là c’est le craquage complet ! Qu’il jette un oeil sur cette compil et il verra a quel point la france est un pays de musique: http://www.discogs.com/Various-Cosmic-Machine-A-Voyage-Across-French-Cosmic-Electronic-Avantgarde-1970-1980/release/5000196 . Et Afrika Bambaata personne ne le connait evidemment!
    6 – « Quand la french touch est arrivée, je retrouvais pas mal d’ingrédients de mon travail dans certaines productions. Je me suis dit qu’ils ne se faisaient vraiment pas chier. » Toi non plus tu ne te fais pas chier Bernard. Tu as inventé la musique electronique et le house et je t’en remercie !

    A bon entendeur, je vais me réécouter « H Friends » qui est un morceau exceptionnel et essayer d’oublier tes petites aigreurs.

    • Bonduelle

      1 septembre 2015 at 23 h 26 min

      Au risque de me tromper, je pense que le pionnier de la house (qui n’est pas ma came), c’est Igor Wakhevitch en 1973 avec ce titre notamment : Rituel De Guerre Des Esprits De La Terre.

  2. CD

    17 août 2015 at 18 h 29 min

    Oui c’est dommage que les interviews de Fèvre tournent toujours un peu comme ça et que le journaliste en rajoute une bonne couche… Je ne suis pas certain qu’il ai la grosse tête mais plus qu’après avoir vécu des périodes de vaches maigres, il ne tente de se sur-vendre un peu maladroitement pour ne pas rater le coche. Ça demande quand même un certain courage de revenir sur une époque aussi éloignée. Il y a plein d’artistes qui refuse de le faire, je pense notamment à Bobby O ou Gino Soccio.

  3. Cyril

    18 août 2015 at 10 h 10 min

    Bon, article tres sympa, ca fait plaisir de redecouvrir des artistes talentueux mais oublies (comme Gino Soccio ou Patrick Adams), ca pousse a la curoisite et a de nouvelles decouvertes. Il y a un peu de trop de melon dans l’interview mais bon. Qu’il soit redecouvert c’est sympa. John de cuir a peu raison quand meme dans son commentaire.
    J’ai aussi et bien sur ecoute un peu ses disques vu que j’etais assez curieux et interesse mais j’ai pas accroche du tout et meme le H firends ne me fait pas sauter au plafond. Les gouts et les couleurs….
    Par contre, Bobby O que je ne connaissais pas, cela a attise ma curiosite apres quelques ecoutes, je pense que cela vaut le coup de creuser.
    Continuez a nous faire decouvrir des artistes qui sont hors des sentiers battus, commerciaux et mainstream.
    Bonne continuation a votre tres bon magazine.

    • CD

      21 septembre 2015 at 15 h 10 min

      Je réponds sans doute trois mois trop tard mais on ne sais jamais. Pour Bobby Orlando qui a une carrière plus que prolifique je te conseille cette compil http://www.discogs.com/Various-Studio-57/release/168417 le son est excellent, il y a tout les tubes et tu peux la trouver à pas cher. Mon morceau préféré, qui n’est pas sur la compile, c’est Spys de Roni Griffith, la face b de The Best Part of Breakin’ Up (là aussi facile à trouver et pas cher). Pour Gino Soccio c’est Remember et aussi, sous le nom de Kebekelektrik, Magic Fly. Sinon il y a Patrick Cowley autant pour ses remix que ses productions (il y a un article sur lui sur Gonzai il me semble). Pas grand chose a jeter chez lui, son truc le plus puissant et pas connu c’est son megamix péplum de 14 min de Hills Of Katmandu de Tantra (plein de pressages différents, le meilleur c’est celui de 14 min, c’est aussi le moins cher).

      • Cyril

        21 septembre 2015 at 16 h 22 min

        Merci pour ta reponse, je suis entrain d’ecouter la compil studio 57, dans la 1ere partie de la 1ere partie, les daft punk auraient pas fait du pompage ou c’est moi qui a du persil dans les esgourdes?

        Patrick Cowley, je connaissais, c’est pas mal aussi.

        Entre temps, j’ai decouvert Don Ray – The Garden Of Love de la galaxie Cerrone, que je conseille fortement, celui-la aussi meritrait d’etre redecouvert.

  4. Albert Potiron

    22 août 2015 at 0 h 47 min

    A lire vos réactions, j’ai l’impression que l’article ne met pas vraiment en valeur Fèvre. Il a prononcé ces propos, bien sûr, mais je n’ai ressenti aucune fanfaronnade de sa part pendant l’interview. Ps : John, on a jamais écrit qu’il était le seul, mais si à chaque fois qu’on parle de quelqu’un, il faut citer tous les autres on ne va pas s’en sortir…Et pour Afrika Bambaata, lance un petit sondage BVA et tu verras probablement que les chiffres ne seront pas fameux.

  5. Bonduelle

    1 septembre 2015 at 22 h 45 min

    Et « Bernard » Szajner, il sent pas bon ?

  6. CD

    21 septembre 2015 at 10 h 44 min

    @bonduelle Bernard Szajner est déjà interviewé ici http://gonzai.com/bernard-szajner-dune-et-de-deux/

  7. Pingback: Andrew Weatherhall, Turzi, Africaine 808, Dj Tide : un morceau, quatre remixes - Greenroom

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