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BALADES SONORES
Un festival de bonnes nouvelles

Du 8 au 14 juillet, les Balades Sonores organisent la quatrième édition du BitterSweet Festival avec à l’affiche plus de 45 artistes indie dans neuf lieux parisiens, avec à chaque fois une entrée libre et des concerts qui ne sentent pas la frite froide. Plutôt que de faire un copié-collé de la programmation plus longue que la liste des imposteurs de la culture subventionnée qui souvent nous baladent, l’événement est aussi l’occasion de retracer l’histoire de ce drôle de ce collectif à la fois polyvalent, activiste et.. inconscient.

Du 8 au 14 juillet, les Balades Sonores organisent la quatrième édition du BitterSweet Festival avec à l’affiche plus de 45 artistes indie dans neuf lieux parisiens, avec à chaque fois une entrée libre et des concerts qui ne sentent pas la frite froide. Plutôt que de faire un copié-collé de la programmation plus longue que la liste des imposteurs de la culture subventionnée qui souvent nous baladent, l’événement est aussi l’occasion de retracer l’histoire de ce drôle de ce collectif à la fois polyvalent, activiste et.. inconscient.

61936_517984158248036_1088669454_nSi vous ouvrez la porte de la boutique des Balades Sonores, située au 1 avenue Trudaine à Paris, il y a de fortes chances pour que vous tombiez sur le patron, cernes jusqu’aux genoux et teint livide, en train de faire sa compta sur un coin de table, de mettre un nouvel album en vitrine, de remonter de la cave une pile de vinyles de chez Sacred Bones ou de décharger un carton de flyers prêts à être livrés. Sous la casquette de ce patron qui ressemble parfois à un Dj berlinois à la retraite, on trouve un bonhomme atypique dans le paysage parisien. Toma Changeur, 35 ans au compteur, est effectivement le leader maximo du collectif des Balades Sonores, inventé voilà déjà plusieurs années pour résister à une certaine conception de la musique, faite de gilets verts et de stickers – 50 % sur les pochettes. Le monde de la musique étant en crise constante depuis le début des années 2000, et le bon vieux « retour du vinyle » une éternelle ritournelle permettant aux médias fainéants d’éviter d’en écouter, l’histoire pourrait s’arrêter là : ce serait l’histoire d’un énième trentenaire ayant décidé d’ouvrir une boutique bobo dans le centre de Paris plutôt que d’user ses semelles en caoutchouc dans le désert du rayon musique de la Fnac ; le marchand de sommeil viendrait alors vous bercer avec une chanson à la con tirée d’un album indie accouché par trois barbus et puis chacun rentrerait chez soi, convaincu qu’en France on peut pas faire grand chose avec presque trois fois rien. Sauf que.

Sauf que les Balades Sonores sont presque tout sauf un simple disquaire. Est-ce un label qui a ouvert une boutique (mauvaise réponse), un disquaire qui organise des concerts (cherche encore) ou un collectif qui fait juste plein de choses (tu chauffes) ? Les Balades Sonores, c’est un peu tout ça à la fois. Le tout ça, c’est une petite boutique qui sert de QG, avec comme simples munitions le meilleur des sorties indie du moment en vinyle, mais c’est aussi des concerts organisés toute l’année à Paris et ailleurs, des stands sur les festivals et concerts partenaires, sans oublier un label (BS Records), une sélection mensuelle de groupes à ne pas rater et un festival annuel qui se propose pendant plus d’une semaine de donner la parole à des artistes qui ne l’ont que rarement. Ouf, avec tout ça on comprend mieux pourquoi le patron a souvent une sale gueule.

Do Heat Yourself

Toma Changeur, du reste, porte bien son nom. Pas qu’il soit du genre volatile à retourner sa veste en fonction des classements, mais l’hyperactif a ce défaut maladif qu’on retrouve chez nombre d’acteurs du Do It Yourself : sans projet fou ou économiquement pas viable à lancer, il s’emmerde. Non content d’avoir à gérer une boutique, une équipe de quatre personnes et des labels qui pondent des disques comme dans une ferme industrielle, Toma a un jour eu cette idée folle d’un festival de l’indie où l’on pourrait croiser début juillet tout ce que la France compte d’artistes à contre-courant des niaiseries habituelles, de La Féline à Blind Digital Citizen en passant par Le Réveille des Tropiques ou Hold Your Horses. Bref, ce grand rêve éveillé a vu le jour il y a quatre ans et depuis la petite utopie a perduré. Autour d’un steak-frites, Toma passe à table : « Sur les deux premières éditions, on était très content d’avoir des têtes d’affiche, des groupes qu’on aimait bien mais qu’on ne faisait pas jouer habituellement pendant l’année, comme Deerhoof ou les Dum Dum Girls, mais depuis l’année dernière on s’est décidé à faire un festival qui nous ressemble davantage : faire beaucoup avec peu de moyens ».
Histoire de corser encore un peu les règles du jeu, le BitterSweet Festival propose depuis 2012 une entrée à prix libre, chacun mettant la somme qu’il veut : « Ca va du bâtard qui met son fond de poche à base de centimes à celui qui met un billet de 20, au final ça donne une moyenne de 6 € par spectateur ». L’ensemble des recettes est alors dispatché collégialement entre tous les groupes, chacun touchant la même chose que son voisin, qu’il joue au Trabendo ou en plein air. Et visiblement, ça marche plutôt bien. Près de 3000 personnes ont – selon les organisateurs – été séduits par l’initiative en 2012 ; et même si l’édition 2013 semble moins ambitieuse – le festival est ramené à 7 jours – le pari est bigrement gonflé en période de crise, en cette époque où le moindre geste est validé par une calculatrice. «Tout se fait sans calcul, sans aucune logique économique. Pour la soirée au Trabendo, j’ai pris tous les groupes avec les mots kid ou horse dans leurs noms, du coup on a Kid Parade, Kids Are Dead, Hold Your Horses et Tropical Horses et on a appelé la soirée La mort équestre de l’enfant. Bon, on s’amuse quoi ». Une des stagiaires des Balades Sonores nous coupe dans la discussion, faut aller acheter une cartouche d’encre entre midi et deux et elle sait pas trop où chercher. Visiblement ça la gonfle et on la comprend ; c’est pas facile de tout faire soi-même et on doit pas se fendre la gueule tous les jours dans cette factory de paille.

photo de la fabrique bs

Agence tous disques

Derrière l’appellation certes un peu fourre-tout des Balades Sonores, quatre personnes mouillent le maillot pour tenter de donner vie aux multiples initiatives. C’est parfois difficile de s’y retrouver et la tentation de voir dans ce collectif d’illuminés une bande de hipsters coincés dans leur fort Alamo est grande. Encore une fois, fausse route. Ce n’est pas parce que Toma est un esthète qu’il est un graphiste demeuré fan de Perdreaux Winter. « Jusqu’à l’année dernière c’était pas très clair. Les gens pensaient que l’appellation Boutique Sonore nous cantonnait à l’activité disquaire. On a donc changé de nom en optant pour une vitrine nommée Balades Sonores regroupant l’activité concert, le disquaire, la sélection mensuelle des concerts ou festivals et aussi le label Balades Sonores, qui permet d’aller ponctuellement plus loin ».
Il est sympathique ce Toma, voire touchant dans son rôle d’artisan fringué comme un Robin des bois égaré chez Rough Trade. Au lecteur qui douterait de l’objectivité de cet article, il convient de dire que le patron des Balades Sonores est au fil des ans devenu un pote, et que le magazine Gonzaï y est depuis le début distribué. Voilà pour le chapitre complaisance. Qui n’empêche en rien le fait qu’on est reçu aux Balades Sonores comme un pacha – le café y est offert à tous les clients – et que le diktat du bon goût a pour consigne de rester sur le pas de la porte. « Je crois que les gens qui nous découvrent depuis l’année dernière ne savent pas le travail de fond qu’on a fait pendant presque dix ans, depuis notre arrivée à Paris » dit-il avec un œil noir, forcément avoir réussi à s’implanter dans les beaux quartiers, ça fait un peu fils à papa à qui on a payé un local pour éviter qu’il fume des joints dans sa chambre toute la journée… ». La vérité, c’est que Toma – comme les autres artisans du disque de Paris et d’ailleurs – commence sa journée vers 9H le matin et ne la termine que rarement avant 21H, la faute aux showcases organisés à la boutique après la fermeture. Travail de forçat ? Pas forcément. Profession de foi, affirmatif. « J’ai tout fait tout seul, mais j’ai juste eu « la chance » que ma grand-mère décède au moment de l’ouverture de la boutique, du coup j’ai récupéré plein de meubles qui m’étaient chers, tout le mobilier de la boutique c’est celui de ma famille ! J’aime bien ce paradoxe : que des gens puissent acheter du Cheveu et du garage de Montreuil en payant sur le secrétaire Louis XVI de ma grand-mère, plutôt que sur un vague comptoir acheté chez Ikea ». Voilà. Si t’as pas utilisé l’héritage de mamie pour financer une entreprise de fauchés, c’est que t’as raté ta vie.

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Artisanat soigné

Au départ, à la fin des années 2000, les Balades Sonores se nommaient les Boutiques Sonores. Tout débute comme un projet de laboratoire au sein d’une agence de communication – OK Boss –  spécialisée en street marketing où Toma fait ses armes. Déjà l’idée est de proposer différents outils aux clients, et notamment un projet – certes un peu utopique – de bornes disponibles dans les lieux culturels clefs de la capitale pour proposer des sélections indie écoutables au casque. Pour dépasser les bornes (sic), Toma lance la distribution d’un mini-magazine avec chaque mois une sélection des nouveautés et événements indie, à Paris ou ailleurs. Après la fin de l’aventure OK Boss, Toma lance une association pour prolonger l’aventure du DIY avec son propre radeau de médusés sous le nom qu’on connaît aujourd’hui.

Le concept d’indépendance, en vogue depuis que les majors ont les poches trouées, fait un peu marrer mon interlocuteur : « Aujourd’hui être indépendant, c’est une grande question… moi j’ai la chance d’avoir pu faire de belles études – sciences-po à Grenoble, sup’ de co’ à Toulouse – et à chaque fois j’ai axé mes travaux sur l’industrie du disque, les labels indépendants, etc. Y’a dix ans je suis finalement arrivé à Paris et j’ai embrayé avec un stage de com’ au Palais de Tokyo – parce que j’avais envie de commencer par un travail plus large que celui de la musique – et j’ai vite déchanté. Au moins aujourd’hui, et même si je me plains souvent d’avoir trop de boulot, je sais pourquoi je me lève le matin ». Sans dire qu’il faille en rajouter une couche sur sa gueule enfarinée, Toma Changeur a au moins le mérite de n’avoir attendu personne pour lancer sa petite entreprise, où chacun essaie de faire un peu de tout, mais pas n’importe quoi. « Le but c’est pas de faire plein de choses en les faisant mal. On a donc mis l’activité label en veilleuse pendant 1 an et demi, car de l’autre coté on avait sous-estimé le temps qu’exigeait le lancement de la boutique, qui par ailleurs tourne très bien ». Aujourd’hui, la boutique représente la moitié du chiffre d’affaire des Balades Sonores, une rentabilité telle qu’on peut quand même se demander s’il est un peu couillon le Toma, à perdre autant de temps, d’argent et de sueur sur des initiatives qui ne rapportent pas un kopeck. « Peut-être, mais c’est pas comme ça que je conçois les Balades Sonores, j’aime bien l’idée d’être une sorte de petite pieuvre avec plusieurs ramifications, c’est important de rester proche des artistes indépendants ». Après cinq ans de concerts et de militantisme, le résultat est là. Une marque de fabrique, des dizaines d’artistes programmés, des salles parfois vides, parfois pleines, des jours où la caisse-enregistreuse fait la gueule et d’autres où elle crie la mélodie du bonheur. Y’a pas des jours où il fatigue, notre homme à tout faire ? « Si, j’ai une sorte de fatigue continue, permanente, que je gère plus ou moins bien, avec des phases d’euphorie quand tout se passe bien, qui s’alternent avec les moments où ça coince ». La solution, comme dans toute entreprise fondée avec trois francs six sous, reste encore de ne pas trop réfléchir en se donnant à corps (et fonds) perdu dans sa croyance. Dans la grande croisade que les Balades Sonores et quelques autres mènent contre les marchands du temple, une citation historique retentit : « Tuez-les tous, Dieu reconnaîtra les siens ». Quant à reconnaître Toma Changeur sur le BitterSweet Festival, facile : c’est le type au teint blême qui tient la caisse à l’entrée en espérant qu’il y aura assez de biffetons dans la caisse pour remettre le couvert l’année prochaine.

http://www.baladessonores.com/

Festival BitterSweet Paradise, du 8 au 14 juillet un peu partout dans Paris avec La Féline, I Love UFO, Ropoporose, Wilfried, Chinese Army, Son Of, les Shades, etc. Plus d’infos sur :
http://www.baladessonores.com/news/bittersweet-paradise-2013/

affiche BitterSweet(paradise)2013

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