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AU BISTROT AVEC PHILIPPE JAENADA

Boire un coup avec lui, on en avait envie depuis qu’on avait lu ses pérégrinations éthyliques dans ses romans. Quelque temps après la sortie de son dernier (et excellent) livre, La Petite Femelle, l’écrivain parisien nous a donné rendez-vous pour une longue interview à quatre mains (et six pintes).

Il joue au tiercé, fréquente chaque jour ou presque le bar en bas de chez lui et mène une vie de famille relativement monotone. Rien de grave jusque-là, sauf que Philippe Jaenada est écrivain. Et possède, comme 98 % de ses confrères français, une certaine tendance à raconter sa petite vie dans ses romans, qui du coup n’en sont plus vraiment – un paradoxe qui a abouti au terme fourre-tout d’autofiction. Fort heureusement, Jaenada ne s’épanche pas sur ses petits tracas nombrilistes, pas plus qu’il n’écrit des petits livres rassurants chantant les petites choses de la vie ou ces petits riens qui font les grands touts (et donnent envie de sortir le bazooka). Non, Philippe Jaenada est simplement un bon écrivain. Qui ne parle pas de la putain-de-première-gorgée-de-putain-de-bière dans ses ouvrages, mais plutôt des 9674 gorgées suivantes, enchaînées en toute logique à quelques dizaines de lampées de whisky single malt écossais. Ce qui fait qu’on lit ses livres en ayant l’impression d’avoir affaire à un Bukowski de PMU.
En version plus tranquille, moins dégueu et misanthrope, mais souvent aussi drolatique.

Cela a donné sept romans jouissifs, aux digressions généreuses, flirtant avec l’autobiographie, du Chameau sauvage (prix de Flore 1997) à La Femme et l’Ours (2011). Après avoir parlé de sa femme, de son enfant, de son service militaire, de ses vacances en Italie (avec incendie de forêt géant) et de ses pérégrinations éthyliques, l’auteur a voulu causer d’autres chosse dans ses deux derniers livres. La Petite Femelle, sorti en septembre dernier, est un pavé de 706 pages (pas loin d’un kilo !) retraçant la vie de Pauline Dubuisson, l’une des femmes les plus haïes de France en son temps. L’écrivain s’est penché sur un fait divers du début des années 50 – une étudiante en médecine avait tué son ex-petit ami qui ne voulait plus d’elle – et son procès retentissant, qui avait fait couler autant d’encre que de mensonges, d’inexactitudes et surtout de haine. Tout le pays semblait en rage contre cette fille qu’on disait froide, arrogante, insolente et bien trop délurée (elle avait couché avec des boches pendant la guerre, pensez !). Jaenada a compulsé archives de police, journaux d’époque, compte-rendus de procès, enquêtant de Rennes à l’Alsace pour, au final, réhabiliter cette jeune fille trop moderne pour son époque, condamnée aux travaux forcés à perpétuité, détruite par une société qui ne voulait pas de femmes comme elle – fortes, intelligentes, souhaitant vouer leur vie à autre chose que servir la soupe et changer les couches des marmots.

Avant cela, en 2013, il y avait eu Sulak qui, entre roman et biographie, parlait du gentleman gangster Bruno Sulak, un type qui braquait avec panache (et sans violence) les bijouteries les plus chic de Paris.

La sortie de La Petite Femelle était le prétexte idéal pour rencontrer l’auteur. Le temps de finir de lire le pavé, maints articles étaient déjà parus. C’est donc in situ, au bistrot et un peu après la bataille, que l’écrivain aux faux airs de Philippe Seguin nous a donné rendez-vous. En bas de chez lui, dans un rade orné de néons et d’habitués, situé derrière la gare de l’Est. Deux pintes, un Oban, c’est parti.

Gonzaï : Ici, c’est ton bar ? Celui dont tu parles souvent dans tes livres ?

Philippe Jaenada : Oui.

C’est marrant, je ne l’imaginais pas comme ça…

Comment tu le voyais ? Un truc plus branché, plus sombre ?

Plus grand et avec moins de musique, hum, comment dire…

… Moins de musique plouque ? Justement, ce que j’aime bien ici c’est que c’est un peu plouc.

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Tes deux derniers livres, La Petite Femelle et Sulak, marquent un vrai virage par rapport à tes romans précédents.

Ouais. Le truc, c’est que je suis incapable d’inventer des histoires. J’ai essayé, je n’y arrive pas. J’espère que j’ai d’autres qualités, mais s’il y en a une que je n’ai pas, c’est l’imagination. C’est pour ça que mes sept premiers livres racontaient plus ou moins ma vie, partant de l’époque où j’étais jeune célibataire, plein de bonne volonté et un peu naïf, en passant par je rencontre l’amour, je me marie, le cauchemar de la vie de couple et l’arrivée d’un bébé. Jusqu’au dernier, La Femme et l’Ours, où je me barre parce que j’en peux plus. Ça fait une boucle : je suis passé du jeune qui cherche l’amour au vieux schnock qui cherche à le fuir car il ne supporte plus la vie de couple. D’autre part, j’en avais marre de parler de moi : avec ma femme et mon fils, on a une vie plutôt renfermée, ma seule fenêtre sur l’extérieur c’est l’écriture. Du coup, je me suis dit : « C’est un peu con, le seul truc où je peux sortir de cette vie domestique, je l’utilise à raconter ce que je vis. » Et il ne m’arrive plus rien. Je n’ai plus la vie mouvementée que j’ai pu avoir dans mes livres. Maintenant, mes journées, c’est aller faire les courses à Franprix, demander à ma femme ce qu’on mange, regarder la télé, aider mon fils à faire ses devoirs, sortir une heure au bar puis aller me coucher. Raconter ça dans un livre, c’est pas possible. J’en ai écrit un, Le Cosmonaute, qui raconte cette vie mortelle…

C’est un roman assez dur…

Oui, eh bien c’est en dessous de la réalité. La première version racontait vraiment ma vie, mais mon éditeur de l’époque, Grasset, m’a dit : « Il faut que tu adoucisses un peu, là c’est pas crédible. » Du coup, j’ai adouci… Le Cosmonaute est dur, j’espère qu’on a un peu pitié de moi en le lisant, qu’on se dit : « Je ne veux surtout pas vivre ça. » Ça parle de la naissance de mon fils. Vous n’avez pas d’enfants ? La première année, c’est l’horreur. C’était la guerre entre ma femme et moi, je voulais me venger alors j’ai écrit ce livre, en enlevant tous les bons moments. En revanche les mauvais, les crises de ma femme, tout cela est arrivé. Ma femme est extraordinaire – Cléopâtre, à côté, c’est une tocarde. J’ai un peu triché en enlevant ses bons côtés. Tout ça pour dire que j’en avais marre de parler de moi. Je me suis dit : « Comment n’y ai-je pas pensé plus tôt ? Je n’ai qu’à parler d’autres personnes ! » À ce moment-là, j’ai rencontré la famille de Bruno Sulak.

Tu as rencontré sa famille avant d’avoir le projet d’écrire un livre sur lui ?

Non. C’est en voyant un documentaire genre « cinquante ans de faits divers » que je me suis dit que la vie de Bruno Sulak avait l’air intéressante. J’ai décidé de me renseigner sur lui. J’ai acheté un livre que sa sœur avait écrit à l’époque de sa mort, où elle disait qu’il avait une fille, Amélie, qu’il n’avait pas beaucoup connue car il est mort quand elle avait trois ans. Sur Facebook j’ai cherché « Amélie Sulak », je l’ai contactée et, petit à petit, elle m’a présenté le reste de sa famille… En écrivant Sulak, j’ai pris sept ou huit fois plus de plaisir qu’en écrivant le livre précédent [La Femme et l’Ours], qui avait été une corvée. Je me suis rendu compte que parler de quelqu’un d’autre, faire des recherches, m’intéressait. Et avec Pauline Dubuisson [personnage principal de La Petite Femelle, NdlR], pareil.

Ces deux livres ont une forme commune : on n’est pas dans une biographie classique, c’est entrecoupé de scènes de ta vie où tu fais des recherches, où tu es au bar…

C’est plus vrai pour La Petite Femelle que pour Sulak. Pour deux raisons : Sulak était le premier que j’écrivais comme ça et surtout, j’ai rencontré toute sa famille, dont Thalie, qui était son amoureuse et qui est devenue mon amie. Du coup, je me suis dit : « Je peux pas trop déconner, il faut raconter sa vie, lui rendre hommage… » Il y a des petites digressions, mais j’étais quand même tenu de ne pas faire n’importe quoi. Je savais que les parents de Sulak allaient le lire, comme sa sœur, sa fille… Pauline Dubuisson, en revanche, c’était mon deuxième livre de ce type, je me sentais plus à l’aise pour raconter sa vie comme je le voulais. Personne de sa famille ne peut le lire et puis surtout, pendant que j’écrivais sur elle, j’ai eu cinquante balais. Ça fait un drôle de truc. J’avais peur que ça me déprime, mais ça a fait tout le contraire : à cinquante ans, je suis passé du côté des durs. Personne ne va me dire : « Il y a trop de ceci, trop de cela… » Pauline Dubuisson, son histoire est tellement sombre et triste… Il n’y a pas la moindre lumière dans sa vie, alors je me suis lâché, sans essayer d’inventer un genre. Si j’avais raconté sa vie au premier degré, sans aucune légèreté ni aucune digression, ça aurait été vraiment lourd à lire. Dans Sulak, j’avais moins besoin de parler de moi parce que c’était un beau garçon, intelligent, qui est mort à vingt-neuf ans mais s’est quand même éclaté, il a fait des braquages avec panache, humour… Il a eu une belle vie, même si sa mort a été prématurée. Alors que Pauline Dubuisson, non. Le seul moment où elle s’est amusée, c’est quand elle couchait avec des Allemands à quatorze ans et ça a pesé lourd [lors de son jugement, NdlR]. Je ne pouvais pas raconter les choses au premier degré, mais je ne pouvais pas non plus faire de la dérision par rapport à sa vie, qui était vraiment d’une tristesse incroyable. Donc j’ai été obligé de m’inclure et au final ça me convient.

« J’avais envie d’écrire un livre court, féroce, sur une sale fille, une guerrière. Au lieu de ça, je me suis retrouvé à faire un énorme truc pour essayer de la défendre. »

Comment as-tu décidé d’écrire sur Pauline Dubuisson ? C’était un fait divers qui t’avait marqué, gamin ?

Pas du tout. Je suis tombé dessus par hasard, et pour de mauvaises raisons. C’était ici, dans ce bar où je viens tous les jours de 19 h 30 à 21 heures, je venais de terminer Sulak, j’en discutais avec les clients au comptoir… Ils m’ont demandé : « Alors, qu’est-ce que tu vas faire pour le prochain ? » Je leur ai dit : « Je crois que je vais encore raconter la vie de quelqu’un, je sais pas encore qui… Peut-être une femme, pour changer. » C’est en discutant avec les gens que j’éclaircissais ma pensée. Et le lendemain, une fille du café m’a rapporté un livre intitulé Les Femmes criminelles au XXe siècle. C’était un bouquin grand public, genre France Loisirs, mal écrit, ça m’avait l’air moyennement documenté, et puis j’y ai trouvé Pauline Dubuisson. Je n’avais jamais entendu ce nom. Il y a une photo d’elle au tribunal, on dirait vraiment une fille arrogante, et le texte la présente comme un monstre : la vipère, la hyène, la créature maléfique dont le seul but est de… déjà à 12 ou 13 ans elle se tapait des Allemands, elle avait déjà le diable au corps à cet âge et, en plus, avec des ennemis de la France… Elle a été atrocement violée à la Libération et a décidé de se venger en faisant souffrir les hommes, d’en séduire le plus possible et, dès qu’ils étaient amoureux d’elle, les jeter – et le seul qui lui a résisté, elle l’a tué dans le dos et l’a achevé d’une balle dans la nuque. Sulak, on m’avait reproché de le décrire comme un saint : « C’était quand même un gangster, on dirait que vous êtes tombé amoureux de lui… » Alors j’ai eu envie d’écrire un livre court, féroce, sur une sale fille, une guerrière. J’ai donc commencé à acheter sur Internet les journaux de l’époque. Le Détective, au moment du procès, la présentait comme l’incarnation du mal sur Terre. Plus j’achetais les journaux, plus je me rendais compte qu’ils se contredisaient parfois, que certains faits n’avaient pas l’air réalistes…
J’ai lu plusieurs livres sur elle, pleins d’approximations ou de mensonges, alors je suis allé consulter les archives. J’ai été surpris de voir qu’on pouvait facilement avoir accès à des documents historiques, des archives du procès de 1950… Le dossier d’instruction fait 600 pages, il y a toutes les dépositions des témoins, une photo de Pauline à 14 ans, une carte postale qu’elle a écrite à son fiancé… Les vraies pièces, pas des photocopies ! Je me suis retrouvé dans une salle, à tenir dans mes mains le testament qu’elle a écrit avant de se suicider, avec une larme sur la signature… En lisant ça, je me souvenais de ce que j’avais lu dans les journaux, et les différences étaient… c’est comme si on disait qu’elle a un vélo vert, alors qu’en fait elle a une moto rouge. Je me suis donc mis à creuser comme un tapir, à fouiller, fouiller, et j’ai compris que tout ce qu’on avait pu écrire sur elle, dans les journaux pendant le procès, dans les quelques livres écrits sur elle dans les années 80, ou le film de Clouzot [La Vérité, avec Brigitte Bardot, en 1960, NdlR], jusqu’à ce truc de supermarché de 2012, tout était complètement faux. Et donc, au lieu d’écrire un petit livre féroce sur une diablesse, je me suis retrouvé à faire un énorme truc pour essayer de défendre une fille… une fille normale, juste un peu en avance sur son temps c’est-à-dire qu’elle n’avait pas envie de passer sa vie avec une casserole dans une main et un fer à repasser dans l’autre. C’est une fille comme il y en a des dizaines de milliers, mais on en a fait un bouc émissaire.

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Pauline Dubuisson au tribunal.

Elle était tout de même très intelligente…

Oui, mais des filles intelligentes, douées pour les études de médecine, il y en a beaucoup ! C’était surtout une fille qui, dès les années 40, ne voulait pas être domestiquée comme l’étaient les femmes à l’époque. Aujourd’hui, des Pauline Dubuisson, il y en a partout. Toi, tu es Pauline Dubuisson ! Enfin, sauf si tu rêves de faire la cuisine et le repassage toute ta vie… Elle a refusé les cinq ou six demandes en mariages de son petit ami [qui étudiait lui aussi la médecine, NdlR] parce qu’elle savait que si elle acceptait, elle ne serait jamais docteur, mais juste épouse de médecin. Lors de son procès, on le lui a reproché, on a dit : « Qui est cette créature qui refuse le privilège, l’honneur d’être femme de médecin ? » Ce n’était pas une sauvage ou une rebelle, elle voulait juste être médecin.

Elle a un côté féministe, sans que ce terme n’apparaisse dans ton livre…

Elle n’a jamais rien revendiqué, elle ne disait pas : « Il faut que les femmes se libèrent. » Même au début, quand je pensais qu’elle avait été violée et voulait se venger (ce qui était faux), ç’aurait quand même été un livre un peu féministe – je pensais à Baise-moi de Despentes, où les filles tuent après avoir été violées. Quand elle était en prison à Haguenau, entre 1953 et 1960, elle était avec d’autre femmes, célèbres à l’époque et complètement oubliées maintenant, qui avaient voulu se débattre, de manière maladroite : elles avaient tué leur mec, leur mari ou parfois leurs enfants… Des femmes écrasées par le… [Il ne prononce pas le mot « patriarcat », laissant sa phrase en suspens, NdlR] Tout cela a vraiment un rapport avec le féminisme. Dans le livre, j’essaie de sous-entendre que ce n’est pas un problème complètement réglé, c’est aussi pour ça que j’y parle de moi maintenant, pour qu’il y ait un regard d’aujourd’hui sur cette époque-là. Je ne voulais pas le dire explicitement, faire de mon livre une sorte de manifeste, mais il est forcément féministe, car la raison pour laquelle on a écrasé Pauline, c’est parce qu’elle voulait avoir une vie de femme normale.

C’est bien montré dans le parallèle fait avec un autre procès qui a eu lieu au même moment : celui d’une femme qui avait tué son mari parce qu’il la trompait et s’apprêtait à la quitter. Elle a été acquittée, car on a dit qu’elle l’avait assassiné par amour !

Exactement. Elle, c’était la VRAIE femme, entièrement dévouée à son mari. Elle a été acquittée par le même président du tribunal, le même avocat général que Pauline Dubuisson, c’est exactement la même scène de crime… Sauf qu’elle, c’est encore pire car elle a pris le temps de descendre emmener son fils chez la concierge avant de remonter achever son mec de plusieurs balles… Mais elle, c’était la bonne épouse, qui défendait les valeurs du mariage et la soumission féminine.

Il y a toujours chez toi un souci du mot juste. Par exemple dans ta description des Allemands, qu’on a tendance à ne pas du tout nuancer en France… Ou Pauline qui n’est pas la féministe avant l’heure que certains prétendent… Est-ce qu’il était difficile d’avoir ces propos mesurés ?

Non, parce que c’est un regard qu’on porte naturellement. J’ai été aidé dans ma description des Allemands par une dame qui vient dans ce bar et dont je parle dans le livre, elle s’appelle Lucette et avait le même âge que Pauline, à la même époque, dans les mêmes conditions [la Seconde Guerre mondiale, NdlR]. Elle m’a dit que les Allemands, elle les trouvait plutôt beaux gosses, gentils et polis, et surtout elle disait – ce dont je suis convaincu – que 70 % des soldats allemands n’étaient pas des nazis enragés, c’étaient des gars qui avaient envie que la guerre se termine et de rentrer chez eux… Ce qui a tué Pauline Dubuisson, c’est les interprétations, les déformations de la vérité, les mensonges, c’est tout ce qu’on a raconté sur elle. Même ceux qui voulaient la défendre mentaient, racontaient des conneries, disaient qu’elle avait été violée… Ça l’a poursuivie toute sa vie. Du coup, pour ce livre, je me suis mis une contrainte : ne pas écrire un seul mot qui ne soit pas vrai, qui ne soit appuyé par des témoignages, des dépositions de police. Je ne pouvais pas extrapoler. C’est d’ailleurs aussi ce que j’avais promis à la fille de Sulak, Amélie. Elle m’avait dit : « Je vous ouvre les portes de la famille, écrivez un livre sur mon père si vous voulez, mais promettez-moi juste une chose, c’est de ne pas essayer de vous mettre à sa place, de ne pas lui prêter des sentiments, des pensées, qu’il n’a pas eus. » Pour Pauline, ça me tenait à cœur de faire la même chose. Dans les articles de presse parus depuis la sortie du livre, beaucoup la présentent comme une précurseuse (je ne sais même pas si ce mot existe au féminin) de la cause féministe. Ils titrent « Pauline la rebelle », « la révoltée », « l’insoumise »… Encore maintenant, on considère que c’est un truc de révoltée de ne pas vouloir se marier à 20 ans. Je trouve quand même ça bizarre, en 2015, de considérer comme rebelle de vouloir être médecin. Je suis sûr qu’elle ne s’est jamais considérée comme une rebelle. J’ai lu ses écrits, et jamais, jamais elle ne parle de la condition de la femme.

« Par pitié, ne me pose pas cette question débile, cette question de journaliste ! »

Quels auteurs t’ont marqué, t’ont donné envie d’écrire ?

Philippe-Jaenada(Gros soupir.) C’est marrant parce que ma sœur, qui fait un mémoire, m’a posé la même question cet après-midi. Ce serait trop beau si on pouvait juste citer trois noms… C’est tout ce que j’ai lu, tout ce que j’ai vu, comme tout le monde, qui m’a influencé. Si on devait schématiser et citer des noms… Il y a par exemple un livre de Diderot qui s’appelle Jacques le fataliste, qui m’a aidé à ne me soucier de rien. On dit que je fais beaucoup de digressions, mais je suis un vieux conservateur englué par rapport à Diderot ! Et ça a été écrit en 1700 et quelques ! Ça part dans tous les sens, c’est mille fois plus moderne, audacieux et osé que ce que je fais. Ce livre m’a permis de me dire qu’on n’est pas tenu de rester sur des rails, quand on écrit. Il y a aussi Richard Brautigan, qui m’a permis de me dire qu’on pouvait écrire des conneries, des trucs absurdes ou poétiques. Bukowski, évidemment… Après, je pourrais te citer soixante auteurs qui m’ont influencé, tu vois ? Quand j’ai commencé à écrire, si je lisais Bukowski, j’écrivais comme Bukowski. Si je lisais Brautigan ou Céline, j’écrivais comme eux. Et au bout d’un moment, tout cela se mélange pour former une sorte de purée et tu arrives à trouver ta propre voix. Il y a aussi la BD et le cinéma, Cassavetes, les Monty Python, qui m’influencent autant que Céline ou Bukowski. Pour tout vous dire, à ma sœur, cet après-midi, je lui ai répondu : « Par pitié, ne me pose pas cette question débile, cette question de journaliste ! »

Tu as eu le prix de Flore dès ton premier roman. Ce prix est l’emblème de Saint-Germain-des-Prés, alors qu’on sent chez toi une envie de faire de la littérature populaire, le bar PMU revient de façon récurrente dans tes livres… Tu lis Simenon, par exemple ?

Ah oui, j’adore Simenon ! Je te disais que si je devais te citer tous les écrivains qui m’ont influencé, ça prendrait trente pages, eh bien oui, j’ai dû lire soixante romans de Simenon… Le prix de Flore, c’était vraiment un hasard complet. Quand mon attaché de presse m’a appelé et m’a dit : « Tu as le prix de Flore », je ne savais même pas ce que c’était, j’avais jamais mis les pieds dans ce café. Je crois que je lui ai répondu : « Ben encore heureux que je l’ai… » Quand Le Chameau sauvage est sorti, je ne connaissais rien ni personne dans ce milieu. Je pensais donc que j’allais avoir le Goncourt, tu vois, ou le Renaudot… Maintenant, je me rends compte que c’est pas évident d’avoir le prix de Flore, qui est devenu un prix de rêve, même un peu démodé pour certains. Les mecs qui l’avaient eu avant moi n’étaient pas des branchés, il y avait Ravalec mais avant d’être connu… C’est un prix qui avait été créé pour contrer les grands prix littéraires.

Est-il vrai que quand on a ce prix, on a droit à un verre de vin gratuit tous les jours au café de Flore ? Et est-ce cumulable ? Si tu ne viens pas pendant un mois, tu peux te pointer et boire tes trente verres ?

Oui. Tu as un verre gravé à ton nom, et ton nom est même inscrit sur le menu ! Les touristes japonais viennent et voient marqué : « Philippe Jaenada, 1997 ». Quand j’ai emmené mes parents au Flore pour la première et dernière fois de leur vie, je peux te dire que quand ils ont vu le nom de leur fils !… Et donc, tu as droit à un verre tous les jours pendant un an. Moi je n’y allais évidemment pas tous les jours, et je ne bois pas de vin. Je bois du whisky. Certains jours, tu bois vingt whiskys, tu ne paies pas.

Oh, ça marche avec le whisky aussi ?!

Oui. Pendant un an, tu ne paies rien. Mais je n’ai jamais autant payé au Flore que pendant l’année où j’avais les boissons gratuites. Parce que j’invitais des gens – je ne vais jamais seul au Flore, je préfère les bistrots comme ici – alors quand j’avais des rendez-vous par là-bas, je disais : « Retrouvons-nous au Flore. » J’étais fier de boire dans le verre gravé à mon nom… Et comme je ne payais pas, j’étais gêné, alors je payais leurs verres aux gens. Je me suis ruiné, avec ça.

« Je suis coincé maintenant, je dois absolument mettre une saucisse dans mon prochain roman… »

Passage extrait de La Petite Femelle : « J’ai reçu un e-mail de mon ami (…). Il m’explique qu’il organise une soirée de lecture qui sera diffusée sur Radio Nova, en partenariat avec un food-truck de hot-dogs. Toutes les personnes qui viendront lire un extrait de roman contenant le mot “saucisse” se verront offrir un bon hot-dog. (…) J’ai donc tapé “saucisse” dans la zone de recherche du dossier qui contient tous mes romans sur mon ordinateur. Mes yeux se sont écarquillés comme des soucoupes. (…) J’ai mis un moment à encaisser : de 1997 à nos jours, alors que mes histoires ne se déroulent jamais dans l’univers de la charcuterie, et que personne de ma famille n’a jamais confectionné ou vendu la moindre saucisse, (…) je n’ai pas publié un seul roman qui ne contienne pas le mot “saucisse”. Enfin, ce n’est pas tout à fait exact : dans Vie et mort de la jeune fille blonde, sorti en 2004, il n’est pas question de saucisse. C’est d’ailleurs celui de mes romans qui s’est le moins bien vendu, nettement. Refusant d’admettre ce que la logique était en train de me ricaner à l’oreille (je ne vends des livres que s’ils parlent de saucisse), j’ai vérifié si je n’y avais pas évoqué une chipolata, une merguez… Bien m’en a pris. Dans Vie et mort de la jeune fille blonde, le roman apparemment sans saucisse, on trouve une Knacki Herta. »

On sait que tous tes livres contiennent le mot « saucisse », mais d’autres éléments reviennent de façon récurrente dans tous tes romans : Veules-les-Roses, ton sac matelot, le whisky Oban…

C’est en partie volontaire. Quand j’ai commencé à écrire, je me suis dit que dans tous mes livres, j’allais mettre ce triangle Veules-les-Roses, l’Égypte et New York. Je n’ai pas tenu, finalement… C’était peut-être un truc de gamin un peu idiot, mais je m’étais fixé ça. Pour la saucisse, c’est différent, c’est un hasard. Je me suis aperçu, en faisant par curiosité une recherche sur mon ordinateur, que tous mes livres contenaient le mot « saucisse », alors que bon, j’aime bien la saucisse, mais c’est pas une obsession…
Une jeune étudiante a écrit un mémoire sur les noms et prénoms des personnages principaux de mes livres. Elle disait – et ça, très sincèrement, je ne m’en étais pas du tout rendu compte – que tous mes personnages ont des noms qui ont un rapport avec l’enfance. La fille dans mon premier roman s’appelle Pollux, en fait c’est une espèce de chien dans un dessin animé des années 60, vous êtes trop jeunes, vous ne devez pas connaître…

Si, c’est Le Manège enchanté, c’était rediffusé quand on était gamins… Tu ne savais pas que le chien s’appelait Pollux ?

Si, mais j’avais pas fait gaffe… L’héroïne de mon deuxième livre s’appelle Olive, comme la femme de Popeye… Bref, au moment où la fille m’a envoyé sa thèse, j’avais déjà écrit cinq livres sans y faire attention, mais après, pour que ce soit encore valable, j’ai continué à donner des noms de personnages de dessin animé… Enfin, ça, c’est pour mes livres d’avant Sulak ; Pauline Dubuisson, j’allais pas l’appeler Cat’s Eye… Mais oui, il y a des éléments qui reviennent – plus ou moins volontairement, mais je préfère quand c’est involontaire, comme pour la saucisse. Je suis coincé, maintenant je dois absolument mettre une saucisse dans mon prochain roman…

Tu le dis toi-même, tes livres parlent de toi… Dans le premier, tu es trentenaire, mais bizarrement, aucun de tes livres ne parle de ton enfance ou de ta jeunesse…

Non, parce que j’ai eu des parents formidables et une enfance calme, a priori parfaite… Mais je ne m’en souviens pas, j’ai tout oublié. J’ai un livre qui s’appelle Vie et mort de la jeune fille blonde, où je parle de mon adolescence, quand même.

Ce livre raconte vraiment ta première expérience sexuelle ?

Oui. Ça, c’est le seul truc dont je me souviens… Ça fait bizarre, d’ailleurs, quand ma mère me dit, par exemple : « Tu te rappelles quand on était à Londres, en 78 ? » Je n’en ai aucun souvenir, alors la pauvre, ça doit lui faire du mal… J’ai un fils de 15 ans, et quand on part en vacances, par exemple, j’espère qu’il s’en souviendra, on fait des efforts pour lui, quand même…

Quand tu étais dans ta vingtaine, tu écrivais ?

Non, j’ai commencé à écrire à 30 ans. Je me suis mis à lire à 24 ou 25 ans, avant j’étais matheux… Je faisais des maths et je me foutais complètement de la littérature. J’ai commencé à écrire parce que je m’emmerdais, en fait. Je savais pas quoi faire, je ne savais rien faire… Bon, tu disais que tu voulais reprendre un verre ? Je vous préviens, moi, à 21 h 15 il faut que je sois à la maison. Il est quelle heure, là ?

20 h 48.

OK, on a le temps pour un dernier, vite fait…

[Nous allons chercher les boissons – bière pour nous, whisky Oban pour lui. On remarque qu’il est rare que ce genre de bistrots populaires propose cette marque de whisky plutôt chère et raffinée. L’écrivain nous explique qu’il a sa bouteille, spécialement pour lui. Nous trinquons.]

À propos d’alcool, est-ce qu’il t’arrive d’écrire bourré ?

Oui, j’y arrive ! J’écris des chefs-d’œuvre, hein ! Au début, quand j’ai commencé à écrire, j’avais le trac, j’avais peur, j’y arrivais pas, donc j’essayais de bosser bourré… Le lendemain quand je me réveillais, il me tardait de me relire. Et là… Non, pour moi c’est impossible. Bukowski, lui, devait écrire bourré. Mais il avait une sorte de génie… Moi, s’il y a vraiment un moment où je peux bien écrire, c’est bourré, mais à relire, c’est d’une mièvrerie, d’un sentimentalisme, ou alors des colères complètement exacerbées… Ridicule, totalement ridicule. Donc non, je ne peux pas écrire bourré – heureusement, sinon je serais bourré en permanence : j’écris quatre ou six heures par jour, alors si je devais boire en même temps…

Mais les scènes de beuverie sont un ressort comique important dans tes livres.

Oui, parce qu’on est un peu ridicule quand on est bourré. Moi qui suis assez timide, je me lâche avec l’alcool, donc ça sert dans les livres parce que c’est là qu’on fait les pires conneries. Presque toutes les scènes dont les lecteurs me disent qu’elles les ont bien fait rigoler, c’est des trucs où je suis vraiment le loser… Quand t’es timide, un peu coincé, et que tu picoles et que d’un coup tu te lâches, c’est là où tu es vraiment pathétique. Et le pathétique est drôle. Mais bon, c’est fait pour, c’est de l’autodérision, ça fait rire les gens.

Est-ce que tu arrives à bien écrire quand tu as la gueule de bois ?

Non, pas trop… Sauf le lendemain du prix de Flore. [Une scène assez savoureuse qu’il raconte dans La Petite Femelle : invité au Flore pour la remise du prix, il boit quelques verres de trop, tombe, reprend conscience à l’hôpital et, encore bourré, s’enfuit de l’hôpital et rentre chez lui, blessé, NdlR.] Cet épisode, je l’ai non seulement écrit avec la gueule de bois, mais je pensais que j’allais mourir : je me suis sauvé de l’hôpital sans faire les examens, alors que j’avais eu un traumatisme crânien important, j’étais tombé de 1,85 m, boum, sur le trottoir. Et je me réveille le lendemain, j’ai mal à la tête, je prends une photo de l’arrière de mon crâne à l’aide de mon téléphone et je vois une énorme cicatrice… Je viens ici, dans ce bar, et tout le monde me dit : « T’inquiète pas, du moment que t’as pas de nausées ou de vertiges, ça va. » Mais forcément, j’avais une énorme gueule de bois, je n’étais que nausées et vertiges ! J’ai eu très peur, et j’ai écrit en même temps parce que je me disais que si je mourais d’une hémorragie cérébrale, je serais un des premiers auteurs à mourir en écrivant. Non, mais à part cette fois-là, non. Je connais plein d’auteurs qui peuvent écrire bourrés, ou malheureux, t’en as qui peuvent écrire avec la gueule de bois, déprimés, joyeux… Moi, je ne peux écrire que quand je suis neutre, insouciant, comme un enfant à l’école qui fait une rédaction. Si je suis malheureux, je ne peux pas écrire. Mais tu en as qui se nourrissent de ça, au contraire. Je me demande dans quelle mesure il n’y a pas un… un décor, l’écrivain qui souffre, tout ça… Quand je suis triste, j’ai envie de tout sauf écrire : picoler, pleurer, coucher avec une femme ou j’en sais rien… Moi, il faut que je sois en forme, que j’aie bien dormi, que j’aie pas la gueule de bois, que ma femme me fasse pas chier…

En parlant de ta femme : elle et ton fils sont présents dans presque tous tes romans, même La Petite Femelle. Comment ils le vivent ?

Mon fils, c’est marrant, il lit beaucoup, plein de trucs, plein de romans policiers, mais il ne veut pas lire mes livres. Je pense que ça ne correspond pas à son idée de la littérature. Je pense que pour lui, la littérature est un truc pour s’évader de sa vie… Ça m’arrange un peu, parce qu’il y a des livres où je parle de sa mère… Moi, j’aimerais pas lire ça sur la mienne. Il me dit : « Pardon Papa, j’ai pas envie de lire tes livres, j’espère que tu m’en veux pas… » Je réponds : « Non non non, c’est très bien ! » Et il les lira quand je serai mort…

Et elle, sa mère ?

Elle, sa mère, Anne-Catherine… Souvent, on me dit que j’écris des trucs méchants sur elle. Dans La Petite Femelle, je raconte la fois où, au début qu’on se connaissait, elle est repartie voir son ex et elle est revenue avec du sperme sur les seins… Ma femme est un peu la star du quartier, tout le monde l’adore… Tous les gens me disent : « Comment t’as pu parler d’elle comme ça ? C’est dégueulasse, elle est tellement extraordinaire… » Ils pensent que ça pourrait la gêner, mais en fait non. Anne-Catherine, ma femme, qui est la femme la plus incroyable du monde, si je parle d’elle, elle est contente. Le seul de mes livres qu’elle n’aime pas, c’est Le Chameau sauvage.

C’est le seul qui ne parle pas d’elle.

Voilà. Parce que je ne la connaissais pas encore.

Ce qui est dingue, c’est qu’on connaît ta vie…

Bon, on connaît ma vie… On connaît ce que j’en dis, quoi. Je me mets aussi souvent dans le bon rôle, hein. Dans Le Cosmonaute, je suis le pauvre gars martyrisé par sa femme…

On se donne toujours le bon rôle quand on écrit un livre sur soi…

Ben oui, c’est ce que je lui ai dit : « T’as qu’à écrire des livres, si tu veux te donner le bon rôle. »

Tes sept premiers romans parlent de toi, pourtant tu n’es pas narcissique. Je veux dire, c’est pas Christine Angot… Tu es à l’aise avec le terme d’autofiction ?

Je pense que Christine Angot ne fait pas d’autofiction, elle fait de l’autobiographie. Moi je fais de l’autofiction, sauf que le terme ne correspond pas à ce que les gens pensent. Quand tu dis « autoficition », les gens pensent : « Il raconte sa vie, il se regarde le nombril », mais dans « autofiction », il y a « fiction ». Ça veut dire que tu prends ta vie, et tu la déformes. Je n’ai rien contre l’autofiction, mais encore une fois, Christine Angot n’en fait pas : elle fait de l’autobiographie. Du moins, je pense. Mais je ne connais pas sa vie, donc je ne peux pas savoir, en fait.

As-tu vraiment été pronostiqueur de turf ? [Comme l’est son narrateur dans La Grande à bouche molle, NdlR]

Non. Ben voilà. « Auto-fiction », tu vois ? J’aurais aimé, mais comme je ne l’ai pas été, je l’ai inventé. Je joue aux courses tout le temps. Je perds tout le temps.

Encore une petite question sur ton usage des parenthèses…

Je suis resté sept ans sans téléphone. Je me suis enfermé chez moi pendant un an, sans téléphone, sans radio, sans télé, sans rien. Après, j’ai repris une télé et une radio, mais pas de téléphone fixe – à l’époque, le portable n’existait pas. Je n’avais de contact avec mes amis que par lettres. Je m’installais dans un bar pendant plusieurs heures et j’écrivais à ma mère, à mes amis, à mes fiancées, à ma sœur… J’écrivais quarante pages de courrier par jour, à la main, leur racontant ce que je faisais dans la journée. Évidemment, ça n’était pas littéraire, je ne faisais pas de plan. Donc, si j’écrivais « J’ai acheté trois kilos de pommes de terre » et que d’un coup, je me disais « pour faire de la purée, j’aime bien la purée », je mettais des parenthèses pour parler de purée. Pendant sept ans, j’ai communiqué avec les gens uniquement par écrit, en encastrant comme ça tout ce que je pensais. Ça, c’était quand j’avais 25 ans. Quand j’ai commencé à écrire des romans, je me suis dit : « Allez, soyons écrivain », et j’ai écrit 200 pages d’un truc à mourir d’ennui, vraiment sans intérêt, comme si j’avais voulu entrer à l’Académie française. Et puis j’ai eu ce bon réflexe de me dire : « Vas-y, écris comme tu as envie de t’exprimer », et comme ça faisait sept ans que j’écrivais (même maintenant, quand j’écris une carte postale à ma mère je mets douze parenthèses), je me suis dit on verra, peut-être que les gens trouveront que c’est pas de la littérature… Mais j’ai mis des parenthèses.

Interview réalisée par Basile Farkas et Sylvia Hanschneckenbühl

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