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« ALLISON » DE LAURENT QUEYSSI
Cool as Kim Deal

Arrivé de nulle part, auteur inconnu au bataillon et éditeur modeste, un petit livre sur l’adolescence mêle au petit bonheur shoegaze et SF, avec l’humour et le regard d’une jeune bassiste provinciale. Un ovni initiatique qui se lit d’une traite et rappelle forcément des souvenirs, qu’on ait ou non vécu les early 90’s. À savourer en écoutant son walkman.

Une petite ville du Sud-Ouest, non loin de Bordeaux, peut-être Marmande, mais qu’importe ? Les centres-villes mornes et les lotissements pavillonnaires qui les entourent sont les mêmes partout en France. Nous sommes en 1993. Kurt Cobain est encore en vie, on fume clope sur clope dans les cours de récré sans que ça pose le moindre problème, les Pixies se séparent et on ne sait pas encore qu’il faut s’en réjouir, car l’album des Breeders qui sortira bientôt sera meilleur. C’est l’année du bac pour Allison, fan de Sonic Youth, Pavement, plus tellement de Nirvana (devenu trop mainstream), d’obscurs groupes shoegaze et, bien sûr, des Pixies.

Cool as Kim Deal, la jeune fille tient la basse dans un groupe local qui débute, répétant dans une remise du jardin des darons, donnant des concerts dans le seul bar vaguement rock de la ville ou jouant sur la grand place le 21 juin. Ça bascule dans la quatrième dimension quand, sillonnant son lotissement où toutes les maisons sont identiques, walkman sur les oreilles, « Loveless » de My Bloody Valentine fait décoller Allison. Littéralement. Ses pieds ne touchent plus le sol. Et retombent douloureusement au bout de quelques secondes. Manifestement, elle possède la propriété de léviter – sans avoir le moindre contrôle sur son étrange pouvoir. « Mais c’est quoi, ce bordel ? » Voilà, en substance, ce que se disent l’adolescente et le lecteur lorsque la science-fiction fait son entrée fracassante dans ce roman où, jusque-là, tout ressemblait à la vie qu’on a si bien connue – banale, beauf, décevante même dans ses moments les plus intenses.

Détail qui a son importance, Allison n’a pas connu son père, mort d’une « maladie rare du sang » quand elle était toute petite. Du coup, elle s’interroge : son père lévitait-il, lui aussi ? Est-elle atteinte de la même pathologie ? Va-t-elle mourir prématurément ? Va-t-elle être privée de cet avenir qu’elle n’avait même jamais consciemment envisagé, tant il paraît flou quand on a 17 ans ?

D’une librairie ésotérique à un concert en Angleterre débouchant sur une cuite d’anthologie, en passant par une visite chez l’ex-petite amie de son défunt paternel, la jeune fille va s’engager dans un road trip à la recherche de la nature de son étrange superpouvoir… Un chemin qui, via la découverte des drogues, du sexe et de la biture, la conduira à se trouver elle-même et à s’acheminer lentement vers l’âge adulte.

Laurent Queyssi, chose rare pour un quadra, n’a pas oublié la façon à la fois cynique et naïve dont on voit le monde à 17 ans, quand on est issu de la petite classe moyenne de province. Il n’a rien oublié de ses émois musicaux, walkman sur les oreilles, chemise à carreaux et Converse aux pieds. Ce bon petit roman aux faux airs d’Attrape-cœurs de Salinger est un instantané des early 90’s, dépeignant avec humour cet âge où l’on vit tout intensément. Où l’on évolue davantage en quelques mois qu’on ne le fera en une décennie à la trentaine. Et où la musique est la chose la plus importante du monde.

Laurent Queyssi // Allison // Les moutons électriques

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