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A-HA
L’omelette norvégienne is back

Un chanteur qui a la tête de Marat Safin, deux acolytes aussi discrets qu'efficaces. Voilà les roitelets du synthpop mainstream de retour avec « Cast In Steel », un album qu'on a découvert après qu’il soit sorti en exclu dans le monde entier.

Pourquoi parler d’A-Ha en 2015 ? Déjà parce que les norvégiens sont des fans de Joy Division. Et aussi peut-être parce qu’ils ont travaillé avec John Barry au cours de leur carrière. Oui, John Barry, l’ex de Jane Birkin, l’homme responsable de somptueuses bandes originales. Au hasard, des monstruosités comme Beat Girl, Goldfinger, Thunderball, The Ipcress File, etc…Et ça, déjà, ça questionne, ça interroge. Enfin, ça devrait.

Ensuite parce qu’il y a cette durée et ce succès qui continue. Bien sûr, on pourra facilement trouver quelques groupes qui après 30 ans de carrière parviennent encore à remplir des stades haut la main, mais ils ne sont pas si nombreux. Et souvent, ces groupes surfent sur le souvenir, la nostalgie facile. Celle qui fait cracher au bassinet des anciens fans teenage souvent devenus des CSP+ adulescents. Bref, des losers suffisamment friqués capables de lâcher sans trop sourciller 60/70 euros au bas mot pour revivre leur jeunesse le temps de quelques selfies pris pendant le concert. Concert où ils regarderont à peine des vieillards perdus sur scène à rejouer en pilotage automatique des tubes qu’ils ne supportent souvent plus.

Bien sûr, comme ces groupes, A-Ha surfent aussi sur la nostalgie, et c’est bien normal puisque c’est un des sentiments les plus beaux générés par la musique en général, et par la pop en particulier. Un concert des Norvégiens sans leurs tubes 80’s aurait de toute façon, un peu comme un Perrier citron sans rondelle, un arrière-goût bizarre. Au-delà de cette nostalgie pleurnicharde qui nous fatigue tous et nous vieillit prématurément, A-Ha continue de sortir des disques. Oui, oui, des nouveaux albums, avec une nouvelle pochette et des nouveaux morceaux, tout ça. Là, leur nouvel LP, c’est « Cast In Steel ». Et dans le genre synthpop mainstream, c’est vachement bien (Ne m’en demande pas plus, je viens d’écrire cette phrase en espérant qu’elle soit reprise sur les affiches 4 par 3 de leur prochaine tournée mondiale). Enfin, vachement bien…Pas si mal en tout cas pour qui s’intéresse un peu au groupe.

Mais avant de parler (sic) plus en détails de ce come-back qui n’en est pas vraiment un, un rapide retour s’impose. 1989. Pendant que Pablo Escobar devient le maître du monde et que le mur de Berlin s’écroule, A-Ha aborde les 90’s avec « East of the Sun, West of the Moon », le disque du déclin. Aucun tube, à part peut-être le ridicule et pleurnichard Crying in the rain, reprise ratée des Everly Brothers. Une première. Car jusque là, le trio norvégien a réalisé un sans-faute et est parvenu à atteindre des sommets de pop synthétique qui n’ont rien à envier à ABC, Duran Duran ou Nik Kershaw (des groupes sur lesquels il est de coutume de jeter quelques glaviots en mangeant des Crackers Belin mais qui ne méritent pas ce mépris). Leurs trois albums précédents contiennent des tubes qui viennent de marquer au fer rouge une génération de gamines. Gamines tout autant marquées par le physique métrosexuel avant l’heure de Morten Harket, le chanteur à la voix de velours et aux lèvres épaisses comme deux haricots verts en fin de vie. Non content de relancer l’industrie de la petite culotte, le groupe touche le jackpot avec Take On Me, son tout premier single. Aujourd’hui, le titre cumule à plus de 62 millions d’écoute sur Spotify. Ce qui, si on croit les derniers calculs savants de Geoff Barrow, leader de Portishead et de Beak, a du leur rapporter un peu moins de 5 000 dollars. Mais ça, c’est une autre histoire.

Avec un premier single qui devient donc rapidement un carton mondial, des groupies par wagonnets, et l’inconscience de la jeunesse, on ne donne alors pas forcément cher du groupe. D’autant que les années 80 sont riches en étoiles filantes qui s’éteignent sous des montagnes de coke. Mais A-ha est une machine en devenir. Nitzschéens, les Norvégiens reviennent encore plus fort avec « Scoundrel days » et « Stay on these roads », deux albums gavés de hits. Avant la longue traversée du désert des années 90…Le groupe continue alors à sortir des albums qui n’intéressent plus grand monde et se vendent de moins en moins. Puis se sépare une première fois. L’occasion pour Morten Harket d’entamer une carrière solo qui n’intéressera pas grand monde ici mais qui restera honorable. Un parcours assez proche de celui du Ian Brown des Stone Roses, finalement. Mais en plus mainstream, si tu veux bien me l’accorder.

La force de A-ha tient en 3 mots : logo, team, et songwriting. (Si tu es taquin, tu remplaceras logo par Morten Harket, team par Magne Furuholmen et songwriting par Pal Waaktaar-Savoy). Avec un logo immédiatement identifiable (deux a en italique et un h droit reliés par un trait d’union), les disques du groupe sautent à la gueule des adolescents dans les bacs (si tu as moins de 20 ans, ne cherche pas à comprendre cette phrase). Génies (conscients ou inconscients?) en marketing, le groupe se retrouve évidemment classé en tête de gondole du bac A. Celui par lequel tout bon psychopathe monomaniaque commence alors quand il va acheter un ou deux albums le samedi après-midi. Mais A-Ha, c’est aussi une team, une vraie. Comme Fauve, ils restent en excellent terme à chaque fois qu’ils font une pause. Des sages nordiques unis comme les cinquante doigts des Jackson 5 et qui maitrisent l’art du songwriting. Oui, tu as bien lu : du songwriting. Il faut dire que Pal et Magne sont de vieux potes qui officiaient avant A-ha chez les barrés de Bridges. Pal est alors au chant et se prend pour Jim Morrisson après l’heure. Rien de grave puisqu’il est à peine majeur et que nous sommes encore sous Giscard d’Estaing.

Aujourd’hui, le groupe revient avec « Cast In Steel », un disque que tu auras un mal fou à trouver chez ton disquaire faute d’une distribution digne de ce nom. Ou alors en import à un prix probablement trop élevé pour casquer (parce que faut pas pousser quand même, on parle de A-Ha, là, hein, pas d’un nouvel album de William Onyeabor ou du nouveau JC Satan qui déboîte sa mère). Une situation pas nouvelle puisque le précédent et frigorifique « Foot of the mountain » était totalement passé inaperçu en France malgré les respectables What there is ou Nothing is keeping you here. Normal, il était seulement détectable sur les plateformes légales ou illégales connues de tous.
Aparté : le mainstream est à présent si mal distribué en magasin qu’il finira par devenir un nouvel underground. Pas vraiment important puisque « Cast in Steel » est de toute façon disponible sur Spotify ou Deezer, nos meilleurs ennemis. Alors, bien sûr, le groupe a moins de cheveux et les petites culottes seront bientôt des corsets, mais est-ce vraiment important? A-Ha continue inlassablement de pondre de superbes bluettes synthétiques qui donnent envie de pleurer (Cast In Steel), des mini-tubes synthpop mainstream (le terriblement addictif Forest Fire) ou des foirades totales (au hasard, Shadow Endeavors ou le lénifiant Goodbye Thompson), et le pays du saucisson-baguette s’en fout. Bien sûr, la musique du groupe est datée au carbone 14, mais la voix de Morten est intacte et me rend heureux. Même s’il a la tête de Marat Safin, ce type chante comme un dieu. A la fin du morceau Cast in Steel, par exemple, on jurerait entendre un Morrissey qui n’aurait pas abusé du Tofu. Avec élégance, A-Ha vient, une nouvelle fois, de remplir son office.

A-Ha // Cast in Steel // Polydor
http://a-ha.com/

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9 Comments

  1. ericaussudre

    26 septembre 2015 at 18 h 50 min

    Je sais que ça ne se fait pas de dire simplement qu’on aime une chronique mais voilà, c’est fait.

  2. Albert Potiron

    28 septembre 2015 at 1 h 43 min

    Non, ça ne se fait pas. Mais merci quand même.

  3. Lara Cox

    29 septembre 2015 at 5 h 22 min

    Les critiques français deviennent de plus en plus objectifs et ne se sentent plus obligés de critiquer a-ha avec des arguments idiots. Tout arrive.

    • Albert Potiron

      16 mai 2017 at 6 h 50 min

      On peut avoir des exemples d’arguments idiots sur À-ha?

  4. bouvier a-c

    29 septembre 2015 at 12 h 50 min

    bel article, teinté d’humour , j’aime

  5. Herve Mertes

    8 avril 2016 at 21 h 27 min

    Effectivement, A-Ha vaut bien plus que le mépris parisiano-dictatoresque des Manoeuvre et consorts…….Beaucoup de talent et de savoir faire « artisanal » pour tricoter de bonnes chansons qui ne font que ce pour quoi elles sont faites : la musique et une doucereuse mélancolie..du bel ouvrage..à l’ancienne..

  6. florence fabre

    12 août 2017 at 7 h 04 min

    Coucou Albert,

    Connais-tu les chansons du génial Pal Waakatar pour son groupe Savoy? « Lackluster me », « Best Western Beauty », j’en passe et des plus belles.

    Sinon, merci pour cette critique honnête et objective, c’est quand même rare, quand on connaît le niveau de connerie des critiques français qui ne connaissent que deux chansons à tout casser. Tiens, comme arguments idiots: leur coupe de cheveux des années 80, Take On me çà craint (ah oui c’est vrai, c’est leur seule chanson), c’est un groupe pour minettes, ( Morissey était fan mais c’est pas grave). Ils n’ont plus de succès. etc etc etc.

    Bye et merci pour cette critique marrante et honnête, sans mesquinerie. On voit que le critique sait de qui il parle…

  7. Albert Potiron

    12 août 2017 at 10 h 09 min

    Hello, J’avoue ne plus me souvenir du tout de Savoy. Je ne suis même pas certain d’avoir déjà entendu le groupe. Alzheimer me guette. Je vais donc écouter ça ce we, merci pour le conseil, Florence!

  8. florence fabre

    16 août 2017 at 4 h 55 min

    Quelle conscience professionnelle !! Bises, Florence.

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