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Dan Terminus : il est temps de raccrocher les wagons

Le terminus, sur une ligne de RER ou de métro, c’est rarement très fendard. Déjà parce que c’est souvent paumé au milieu de nulle part. Et puis ça peut être synonyme du moment terrible où  vous vous réveillez en panique après avoir raté votre station. Dan Terminus, c’est tout l’opposé. Si vous appréciez un minimum la musique électronique, Jean-Michel Jarre, Vangelis, Carpenter Brut ou Perturbator, alors vous avez tout intérêt à prendre le train en marche. Et fuck Serge, le lapin de la RATP : cette fois il est même possible de monter après le signal sonore.

Seigneur Dieu, dans quel univers parallèle un musicien formé au solfège, au clavecin et au piano peut-il bien finir par créer des sons aussi foutûment badass que Death by Distortion, Heavy Artillery, Digital Onslaught ou Restless Destroyer ? Surtout quand ledit artiste déraisonne au point de citer Patrick Sébastien, Benny B et les Bronzés parmi ses plus grosses influences ? Et ce, même pour « déconner » ? Certes, nous sommes ici tous Charlie, mais peut-on vraiment rire de tout ? Aussi triste et cruel que cela puisse paraître, ces questions resteront sans doute sans réponse.

Mais qu’importe puisque Dan Terminus, lui, a déjà l’esprit (et les doigts) déjà bien occupés à tripoter ses synthés. Aujourd’hui accompagné par une fratrie de Korg (Wavestation EX, M1, Monologue, et Minilogue en live) et de softwares pour composer, le producteur a commencé sur des machines primitives : un Atari 520 STe à la souris et au joystick désormais pétés, et « des vieux claviers Casio niqués, achetés 100 balles à l’époque dans un supermarché. »

Depuis ses débuts en l’an de grâce 2012, ce barbu installé en Isère a sorti quatre putain d’albums. Le dernier, « Automated Refrains« , comme le précédent, est sorti chez Blood Music : label sur lequel on retrouve Perturbator et GosT, deux autres noms reconnus du même genre. Bref, une bonne occasion pour aller embêter Terminus, avec une série de questions basées en majorité sur des anecdotes à la con : son aversion pour toute forme de drogue, la flamboyante carrière d’acteur de Johnny Hallyday, et la musique de films porno.

Comment es-tu tombé dans le synthé ? Tu as reçu un coup de main de Perturbator et Carpenter Brut, c’est ça ?

En fait, j’ai commencé avec des connaissances assez basiques. Ça vient de la formation de solfège européenne ultra-rigoureuse. Alors quand je me suis confronté à mes premières carences, j’ai contacté des gars de Noir Deco, qui m’ont donné des conseils assez pointus en matière de production sonore. Pour Perturbator, on est devenu amis assez rapidement. Avec lui, ça s’est très vite transformé en partage d’expérience. Ça m’a aidé à mieux mettre en forme ce que j’entendais dans ma tête, et produire ce que j’avais envie de produire, à ma façon. Quant à Carpenter Brut, qui lui est très calé, il m’a donné un conseil que j’applique encore aujourd’hui : la seule règle en son, c’est qu’il n’y a pas de règle. Tant que ça sonne bien, il ne faut pas y toucher.

« Je ne prends pas de drogue, parce que j’ai autre chose à foutre. » 

Toujours à propos de Perturbator, j’ai entendu parlé d’une histoire alcoolisée : il t’aurait bourré la gueule à ton insu avec de la vodka, en plein concert…

Alors, c’est un mélange de deux anecdotes. La première vient d’une tournée en 2016, qu’on a réalisée avec Perturbator et GosT, en Europe de l’Est. Quand on est arrivé à Berlin, on n’avait aucun hébergement : même pas d’hôtel, rien. Du coup, on a passé deux jours dans un van, à côté d’un parc. On s’emmerdait énormément, donc une nuit on est parti se promener dans la ville. On a trouvé un tout petit bar de quartier ouvert, c’était vraiment la misère. Et la fatigue, plus la morosité, plus la misère, c’est un cocktail qui donne des effets assez néfastes sur les gens. Très vite, tu as envie de faire des conneries ! Ils ont tous commandé de la vodka, des bières… Moi un coca, comme d’habitude. Et, alors qu’ils savaient très bien que je tenais très mal l’alcool, ils ont versé de la vodka dans mon verre. Mais c’est resté mignon.

Et l’autre, du coup ?

Et bien, on jouait à la Flèche d’Or, à Paris. Pour mon set, mon agent m’avait acheté spécialement un énorme Pago goût Banane. Perturbator, je le cite, trouvait « que ça faisait peut-être un peu trop tapette d’être sur scène avec un Pago Banane« . Je n’entendais rien car il y avait un boucan monstrueux et en plein concert, il a remplacé en mode ninja mon jus de banane par une énorme bière. Pas une bouteille de 33 cl, une bonne grosse cannette. J’avais tellement soif que je l’ai bu, pas le choix, et évidemment lui a trouvé ça hilarant. C’est bien le genre de conneries qui nous fait rire : avec Perturbator, qui est un ami très cher, on fait souvent des gamineries comme ça. Ça nous évite de prendre le melon.

Donc tu ne bois jamais d’alcool ? Bon sang, pourquoi cette folie ?

Je suis désespérément sobre. En fait, j’évite tous les trucs qui altèrent mon jugement. Je n’aime pas l’alcool, je trouve ça dégueulasse. Le café, dès que j’en bois, ça me fait vomir. La cigarette, je ne peux plus depuis que j’ai découvert que j’avais de l’asthme. Devenir asthmatique, c’est la meilleure façon d’arrêter la clope : tu ne peux plus fumer du jour au lendemain. Et je ne prends pas de drogue, parce que j’ai autre chose à foutre. Avec les tournées de Terminus et même avant, je traîne forcément dans des milieux où la drogue tourne pas mal. Les gens deviennent « amis » uniquement parce qu’il y a un mec à côté d’eux avec une dose, ou un bédo à faire tourner. C’est assez infect, ça me paraît tout sauf festif ou récréatif. Après, il y a des gens qui fument pour soulager leurs douleurs, leurs tremblements, ou leurs angoisses. Dans ce cas-là, allez-y les gars : faites-vous plaisir. Mais perso, non, ça ne m’intéresse pas.

Pour revenir à tes sons, tu qualifies souvent ton travail de « musique cyberpunk ». Pourquoi ?

Ma démarche reste très personnelle à la base, mais j’ai une sorte d’ambition secrète. Imaginons qu’un mec comme William Gibson écoute ma musique [l’auteur de Neuromancer : un roman que Dan Terminus a lu une bonne cinquantaine de fois, et qu’il considère comme un pilier du mouvement cyberpunk, avec le premier Blade Runner de Ridley Scott, Ndr], j’aimerais qu’il puisse dire : « Ça colle, ça peut aller dans du cyberpunk ». Compliment ultime, mission accomplie. Sinon, quand on regarde bien aujourd’hui, nous vivons toutes et tous dans un monde cyberpunk, sauf qu’il n’est pas aussi flashy que dans les livres et les films. Certes, nous n’avons pas encore de Replicants, de colonies sur Mars, ou de voitures qui volent. Mais tout est déjà en train de foutre le camp avec l’écologie, la surpopulation, les problèmes d’énergie, les mensonges et la dissimulation des corporations à grande échelle… Et le fait d’être tous interconnectés grâce à internet aussi, qui n’est ni plus ni moins que le « ICE », concept imaginé par Gibson.

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Dans ton dernier album, le morceau le plus puissant est sans doute Grimoire Blanc. Combien de temps faut-il taffer pour arriver à un son de huit minutes aussi soigné ?

Alors, vu ce qu’affiche mon projet sur FL Studio, j’y ai passé 20 heures et 25 minutes. C’est peu, par rapport à la moyenne de l’album. Pour l’ensemble de « Automated Refrains », ma logique était d’essayer d’arrêter de penser, pour garder un maximum de spontanéité. Je n’ai rien préparé à l’avance, j’entendais juste des mélodies dans ma tête, et je les reproduisais dans mon logiciel. Et Grimoire Blanc, c’est le morceau sur lequel j’ai le plus lâché prise. Forcément, c’est un track à rallonge, qui part un peu dans tous les sens, avec plusieurs ambiances. Mais c’est le morceau le plus personnel, et le plus représentatif de qui j’étais à ce moment-là. C’est le plus important de l’album, à mon sens. Alors, j’ai reçu quelques critiques : trop long, difficile d’accès… Mais certains ont au contraire l’impression que je n’arriverais plus jamais à faire mieux. Donc c’est parfait : la prochaine fois, je ferai un album avec uniquement des morceaux de 14 minutes, sur un mi bémol !

Sur cet album et tes derniers projets, la pochette défonce tout le temps la rétine. Comment est-ce possible de caler autant de couleurs différentes, avec un résultat aussi magnifique ?

C’est grâce à mon peintre officiel, Luca Carey, qui réalise maintenant tous mes artworks. C’est un Américain, comme Mariah Carey, sauf qu’il n’est pas de sa famille. A mon sens, c’est un génie de la peinture. Si tu vas dans la rue et que tu tapes dans une poubelle, des Dan Terminus, tu en auras 10, 15 ou 20 qui tombent. Mais aucune chance de voir sortir un Luca Carey : son talent est unique. A l’origine, il m’a contacté lorsque je venais de finir The Darkest Benthic Division, et que j’attaquais Stratospheric Cannon Symphony. Il avait flashé sur mon travail, et quand il m’a montré son portfolio j’ai flashé sur le sien. Son truc, c’est d’utiliser énormément de couleurs. Il adore ça et vraiment, il peut se le permettre : il a la maîtrise, la maturité, et le don pour ça. Pour l’anecdote, il faut savoir que les imprimeurs sont parfois un peu limités par le nombre de couleurs. Alors quand on a voulu créer des t-shirts avec les pochettes de Luca, les gens qui s’occupent de mon merchandising m’ont dit que c’était tout simplement irréalisable. Trop de couleurs, ou alors le résultat serait vraiment dégueulasse.

Sinon, d’où vient ton nom ? Un hommage à Terminus : le nanar de science-fiction avec Johnny, sorti dans les années 80 ?

Oui, c’est quelque part une forme d’hommage ! C’est un film que je voulais absolument voir, fut un temps, et j’ai été terriblement déçu : c’est une ignoble merde. Mais c’est une ignoble merde qui ne sait pas qu’elle est une merde, donc c’est encore mieux. C’est un nanar qui ne s’assume pas.

« Les deux dernières choses auxquelles les gens s’intéressent quand ils mattent du porno, c’est la musique et le scénario. »

J’ai vu passé quelque part que tu voulais bosser avec une actrice porno pour sampler des bruits de jouissance, sur un morceau. C’est vrai ?

Je crois avoir balancé ça pour rigoler, à un moment où j’étais hyper énervé de demander des featurings, et de me rendre compte qu’au final jamais rien ne se passe. Mais après coup, j’ai vraiment lancé la démarche, pour rigoler. J’ai regardé une liste d’actrices classées par ordre alphabétique, sur un site porno, et j’ai cliqué sur « Y » : la lettre à laquelle il y avait le moins de noms. Là, je suis tombé sur une actrice avec un nom bizarre, « Yhivi ». J’ai fini par envoyer un message à son agent, mais je crois qu’elle s’était déjà retiré du milieu du porno, sans mauvais jeu de mots, et ce n’est donc jamais allé au bout. De toute façon, les featurings – actrice porno ou artiste – c’est toujours très compliqué. A une époque, j’ai voulu demander à Carl McCoy de Fields of the Nephilim de chanter sur l’un de mes morceaux. Et en fait, à chaque fois que tu franchis une barrière, on t’en rajoute deux, puis quatre. Au bout d’un moment, ça m’a soulé.

Tu as aussi expliqué une fois vouloir créer une BO de film porno. Là aussi, c’était une connerie ?

Je déconnais à moitié. Ça pourrait être amusant de faire une BO, ou une bande-son de porno. Et pas une vidéo, un vrai film. En fait, je pense que les deux dernières choses auxquelles les gens s’intéressent quand ils mattent du porno, c’est la musique et le scénario. Ceci dit, je ne suis pas du tout un consommateur de porno, j’ai tout ce qu’il faut de mon côté… Ma couche n’est jamais froide ! Et je pense qu’il y a pas mal d’actrices qui finissent broyées dans ce milieu. C’est une industrie qui cautionne des trucs vis-à-vis des femmes, mais aussi des hommes, que je ne cautionne pas personnellement.

Et sinon, tu bosses déjà sur un prochain album ?

Je bosse surtout sur le fait de ne rien foutre, ça c’est sûr ! Pour l’instant, ma priorité c’est de prendre du temps libre, aller faire de la moto pénard sur mes petites routes iséroises. Je suis un « poireau » dans le langage motard : 110 km/h pour moi, le vent dans la gueule, c’est le mur du son. Sinon j’ai posé quelques idées vite fait dans mes logiciels, mais j’ai trouvé que c’était de la merde, donc j’ai vite laissé tomber. Je travaille surtout sur une meilleure version de mes concerts. A mon rythme, doucement.

Plus d’infos sur Dan sur son Bandcamp officiel

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