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20 ans après, le troisième album de Spiritualized poursuit son expédition

Sorti la même année que « Ok Computer » de Radiohead et « Either/Or » d’Elliott Smith, « Ladies And Gentlemen We Are Floating In Space » de Spiritualized restera pour toujours le manifeste d’un artiste héroïnomane en pleine dépression post-sentimental. On remonte vingt ans en arrière.

Autant être clair dès le début : il n’y aura pas d’autres albums du même acabit que les soixante-neuf minutes et quarante et une secondes que composent le chef d’œuvre « Ladies And Gentlemen We Are Floating In Space ». Jamais. Un disque à propos de drogues, de rupture, de prise de drogues après une rupture, d’une rupture qui donne envie de se droguer sur fond de drone-blues et free-jazz propulsé par des pulsations de feedback et une orchestration monumentale.

La première chose qu’on entend sur cet album, avant toute note de musique, c’est la voix de Kate Radley, son ancienne petite amie et claviériste, qui annonce l’album sur un ton rassurant. Pourtant, le message qu’elle porte – quitter la terre pour rentrer dans une autre galaxie – est plutôt terrifiant. La suite de la chanson confirme et renforce même ce côté sinistre. Mais toute la beauté et le romantisme sont sublimés par la mélodie (celle du Canon par Johann Pachelbel), par le ton de Pierce qui donne l’impression d’un homme perdu et blessé, et qui murmure « All I want in life’s a little bit of love to take the pain away » (tout ce que veux dans ma vie est un peu d’amour pour faire disparaitre ma douleur). Aussi triste que sublime. Le reste de l’album fonctionne comme des montagnes russes. Come Together impressionne par sa grandeur, du blues rock sublimé par un mur de guitare et une chorale gospel. Electricity gronde de puissance. Et la magie opère durant tout les soixante-dix minutes de l’album. 

Héroïne

« Ladies And Gentlemen We Are Floating In Space » a eu la malchance de sortir la même année que « Ok Computer », un autre manifeste déprimant et expérimental qui garde néanmoins une place plus importante dans l’histoire. Pourquoi ? Principalement parce qu’il est plus facile de s’approprier un message façon « La technologie avance trop vite, et je perds toute notion sur le commencement et la fin de l’humanité » que « Ma copine m’a quitté pour le leader de The Verve et maintenant je vais me shooter avec toute cette héroïne. » Pourtant, l’ancien membre de Spacemen 3 a violemment objecté l’idée que cet album est inspiré par sa rupture avec Kate, qui l’a quitté lors de la création de l’album pour se marier en secret avec Richard Ashcroft (qui sortira « Urban Hymns » quelques mois après « LAGWAFIS »). Il dit avoir écrit la plupart des chansons tristes avant que Kate ne le quitte, préférant probablement que le gens pensent que c’est un album centré sur sa relation avec l’héroïne, autre élément qui ruinait sa vie à l’époque.

Difficile de croire que sa séparation n’a pas joué un rôle sur certaines compositions de l’album. Surtout que l’affaire, restée secrète pendant plusieurs année, a fini par se savoir. Toutes les merdes qui lui sont arrivées ont manifestement eu un impact sur « Ladies And Gentlemen We Are Floating In Space », qu’on peut résumer comme une grande et sombre symphonie mélancolique. Durant l’été 95, Jason se shoote à l’héroïne et écrit 14 titres en 11 jours. Il ne s’en cache pas : « There’s a hole in my arm where all the money goes » (« Il y a un trou dans mon bras où j’y met tout mon argent ») sur Cop Shoot Cop et « Just me, my spike in my arm, and my spoon » (« Juste moi, ma seringue dans le bras et ma cuillière ») sur Think I’m In Love laissent penser que le chanteur s’injectait cette substance brunâtre dans les veines. 

The drugs don’t work

Son créateur semble être redescendu sur terre depuis et, en vingt ans, l’album n’a pas pris une ride. Entre deux, le fan de psychédélisme biberonné aux compilations « Nuggets » a subi des traitements pour son foie, une chimiothérapie et a failli mourir en 2005 d’une pneumonie. Que ce soit la drogue ou les médicaments (les deux peuvent se dire ‘drugs’ en anglais) Jason ne s’en est jamais vraiment séparés. Déjà à l’époque de « Ladies And Gentlemen We’re Floating In Space », accro à l’héroïne, il conçoit cet album sous forme d’une boite de médicaments. Tout vient de cette phrase prononcée par le chanteur au designer Anglais Mark Farrow, « music is medicine for the soul » (la musique est le médicament pour l’esprit). De là, l’un des formats de l’album sera une véritable boite de médicament avec 12 minis CDs à l’intérieur, et une notice : « À quoi sert Spiritualized ? Spiritualized sert à traiter le cœur et l’esprit. Quelle est la dose recommandée ? À écouter une à deux fois par jour, comme le recommande les médecins et pharmaciens. »

Mieux qu’un médicament, « Ladies And Gentlemen We’re Floating In Space » est un testament d’une autre époque. Une époque où certains labels dépensaient des fortunes pour qu’un artiste talentueux puisse laisser libre cours à ses idées et son imagination, peu importe le niveau de folie de celui-ci. Ce n’est pas le seul exemple (on pense aussi à « Loveless » de My Bloody Valentine qui a failli ruiné Création Records à l’époque), mais ces années sont terminées et ne reviendront probablement pas. L’album, lui, sera là pour toujours. Et vingt ans après, il reste aux yeux de beaucoup de personnes comme le meilleur album de 1997, bien devant « Ok Computer ».

2 Comments

  1. cours de sitar @ Wembley

    21 juin 2017 at 19 h 02 min

    ,,,,,,,,,,,,,,,,,et maintenant, il joue aux cartes avec des ouvriers qui fument des maïs à l’ombre d’un mûrier………….

  2. Horseface O'Brien

    22 juin 2017 at 14 h 46 min

    Effectivement un putain d’album.
    En concert il y a quelques années, le Jason jouait assis accompagné de choristes qui susurraient les paroles de « Can’t Help Falling In Love » en canon de la mélodie de « Ladies and Gentlemen… » et c’était sublime.

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